Page:Ivoi - Les Cinquante.djvu/246

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Le duc de Blacas eut un sourire :

— Il importe beaucoup, ainsi que Votre Majesté le reconnaîtra tout à l’heure. Au surplus, voyez mon visage. Exprime-t-il l’inquiétude ? Non. La tranquillité de son dévoué devrait indiquer au roi que l’aventure, mal commencée, a une conclusion meilleure.

— Quelle conclusion peut être bonne, dès l’instant que des conspirateurs détiennent cette missive fatale…

— Ils ne l’ont plus, Sire.

Du coup, Louis XVIII sursauta, et s’adressant à d’Artin :

— Vous la leur avez reprise ?

Le gentilhomme mit la main sur son cœur :

— Dieu a permis que je fusse assez heureux pour rentrer en possession du précieux autographe de Votre Majesté. Pour éviter de nouveaux malheurs, je l’ai avalé. Il ne reste donc aucune preuve.

Le visage du roi s’épanouit.

— À la bonne heure, à la bonne heure… Ah ! mon Duc, tu avais raison, la conclusion est plus agréable que l’entrée en matière.

Mais le sourire se figea sur ses traits, et d’un ton embarrassé, le roi continua :

— Seulement, Talleyrand ne recevra aucune instruction.

— Pardon, Sire, interrompit d’Artin, il en recevra.

— Comment cela ?

— À peine délivré, je lui ai envoyé un courrier. Je lui narrais mon aventure, l’obligation où je m’étais trouvé de détruire le papier qu’il attendait pour agir.

— Vous ne m’avez pas nommé au moins, s’écria le roi en frissonnant !

— Non, non, que Votre Majesté s’en rapporte à ma prudence, doublée en l’espèce par la sotte aventure dont je venais d’être victime. En dernier lieu, j’avisais M. de Talleyrand que je revenais à Paris, afin de transformer mon échec en victoire.

Et comme son royal interlocuteur le considérait d’un air ébahi, le comte reprit :

— Mes agresseurs n’ont plus le papier signé par Votre Majesté, mais ils l’ont lu.

— Tant pis.

— Non, Sire, tant mieux !

— Je serais curieux de savoir pourquoi ?

— Ce sont évidemment des partisans de l’Usurpateur. Leur premier