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VII

Le Pont de la Bonne


Toute la population était en l’air.

Les royalistes s’agitaient énormément, disant très haut que la défaite de l’ogre de Corse dépendait d’un coup de fusil, d’un seul, qu’ils tireraient sur lui si les troupes ne faisaient pas leur devoir.

Le populaire ne se gênait pas pour crier :

— Vive l’Empereur ! À bas les Bourbons ! À bas les nobles !

Les officiers à la demi-solde, pâles, inquiets, nerveux, erraient aux environs des casernes, essayant d’entrer en rapports avec les troupes consignées.

Car personne ne se dissimulait que le sort de la France dépendait de ce qui allait se passer à Grenoble.

Si la ville forte se donnait à Napoléon, avec sa garnison, ses arsenaux, ses bouches à feu, la restauration impériale devenait un fait accompli.

À la préfecture, un dîner réunissait M. Fourier, le préfet, savant ami du repos, qui jadis avait fait partie de la mission scientifique en Égypte, le général Marchand, les officiers des régiments (7e et 11e de ligne, 4e de hussards) appelés en hâte de Chambéry et de Vienne.

Les royalistes présents choyaient ces officiers, et surtout le colonel du 7e, le brave La Bédoyère, gentilhomme allié par sa femme à la famille des Damas, et sur lequel on comptait fort pour engager la bataille avec les troupes de l’Empereur.

Au dehors, une foule houleuse stationnait.

Parmi les curieux, Espérat, qu’Hémery n’avait pu retenir dans son asile, allait de groupe en groupe, les yeux brillants, les joues marquées d’une plaque rouge causée par la fièvre.

— La bataille aura lieu au pont de La Bonne, disait un badaud.