Page:Ivoi - Les Cinquante.djvu/278

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À quoi bon ? Ney irait-il à l’encontre des vœux de toute l’armée ?

Quelle que fût sa bonne foi, son désir de rester fidèle au serment prêté au roi, il lui serait matériellement impossible de remonter le courant.

La lutte en plein jour devenait irréalisable. Seule la trahison, la mine souterraine des esprits de l’ombre, pourrait avoir raison du maître de l’âme de la France.

Et le vicomte rugissait.

— Plus vite ! Plus vite !

Et le fouet se tordait dans l’air ainsi qu’un serpent, forçant les chevaux, ruisselants de sueur, les naseaux pleins d’écume, à redoubler de vélocité.

Paris, enfin !

La chaise de poste franchit la barrière, saluée au passage par les préposés à l’octroi, lesquels, en agents bien dressés, se seraient gardés d’arrêter une voiture de gentilhomme.

À travers les rues bourdonnantes de la capitale, le véhicule roule. D’Artin observe.

Paris est calme. Il ne semble pas agité encore par les passions du reste de la France.

Il y a à cela une raison, mais le comte ne la connaît pas. La grande ville ne sait rien, on lui cache les événements accomplis. Les bourgeois parisiens se figurent que Napoléon s’est jeté dans les Alpilles, et qu’il y est bloqué, tel un malfaiteur, par les gendarmes.

Si bien que la crainte de la justice du roi aidant, nul n’exprime à haute voix sa pensée.

Du reste, l’élément turbulent formé par les demi-solde a évacué Paris. Tous, à cheval, à pied, en voiture, en charrette, suivant les moyens de chacun, se sont portés à la rencontre de Petit Tondu, leur général bien-aimé.

La chaise de poste s’arrête à la porte du logis Villardon.

Le comte prend à peine le temps de réparer le désordre de sa toilette ; après s’être informé de Lucile, avoir recommandé à Denis Latrague, à Jacob, de faire bonne garde, il repart.

Où va-t-il ?

Le long de l’église Saint-Eustache, là où l’on a établi depuis une large avenue plantée d’arbres, bordée par le temple et par l’immense marché couvert des Halles Centrales, il existait en 1815, une rue étroite, fangeuse, encaissée entre les hautes murailles du sanctuaire et les façades sales de vieilles maisons.