Page:Ivoi - Les Cinquante.djvu/296

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ou nom comte de Rochegaule. La pensée qui berçait son sommeil était celle-ci.

Il allait joindre sa sœur Lucile. Il l’arracherait à la haine de d’Artin. Et qui sait, sous l’effort de son affection, elle guérirait peut-être. Alors il aurait une famille, une véritable famille.

L’enfant adoptif de M. Tercelin pourrait prononcer ce mot si doux : ma sœur, s’entendre dire, mon frère.

Comme cela serait bon. Quelle caresse dans ces syllabes si simples.

Tout son être frissonnait à l’idée de ces délices inespérées. Un jour, il est vrai, ses lèvres avaient pu prononcer :

— Mon père !

Mais cela n’avait duré qu’une seconde. La mort avait aussitôt frappé. Le père s’était endormi de l’éternel sommeil. La tombe avait scellé sa bouche, muré son oreille.

— Ma sœur ! Ma chère Lucile !

Il se réveilla en murmurant cet appel.

L’aube blanchissait les carreaux. De vagues rumeurs annonçaient que la ville sortait de l’anéantissement de la nuit.

D’un seul mouvement Espérat fut debout.

L’heure d’agir sonnait. Il ne fallait pas perdre un instant. Et rapide, impatient, le jeune homme s’habilla, puis alla frapper aux portes de ses compagnons.

Tous furent bientôt prêts au départ.

À travers la cité, dont les contrevents s’ouvraient un à un, avec la lenteur paresseuse de paupières ensommeillées, les pas des chevaux sonnèrent, troublant les fins de rêve des ménagères, pressant le départ des hommes se rendant au travail.

Bientôt la petite troupe chevaucha sur la route de Valenciennes.

Mais là, les tribulations devaient commencer.