Page:Ivoi - Les Cinquante.djvu/297

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Jusqu’à ce moment, les relais, les auberges, tels les cailloux d’un petit Poucet, avaient guidé les voyageurs ; partout, un palefrenier, une fille de ferme, avaient remarqué Lucile, d’Artin, Denis Latrague, le laquais.

Maintenant, il semblait que ceux-ci se fussent évanouis en fumée.

En vain Espérat et ses amis parcoururent la route, en vain ils interrogèrent les habitants des villages, des hameaux, des métairies isolées. Personne n’avait aperçu ceux dont ils donnaient le signalement.

Et cependant quatre cavaliers, dont une jeune fille, cela se remarque.

Par quelle ruse, par quel sortilège, d’Artin avait-il échappé à tous les regards.

— Bon, déclara Bobèche, la route de Valenciennes était une frime. Par un chemin de traverse, le gueux — soit dit sans t’offenser, mon vieux Espérat, — le gueux a dû regagner une autre route. Il suffit donc de faire quelques kilomètres sur chacun des chemins qui avoisinent Lille et nous trouverons. Un simple retard.

Le brave comédien se trompait.

Les routes qui rayonnent autour de Lille n’avaient conservé aucune trace du passage du gentilhomme.

Alors, durant des semaines, avec un entêtement invincible, stimulés par la pensée que Lucile était en danger, tous battirent le pays.

Chaque jour ils agrandissaient le cercle de leurs investigations.

Rien, toujours rien.

Ils allèrent ainsi jusqu’à Bruxelles. Là, ils durent interrompre leurs recherches. Ils n’auraient réussi qu’à se faire arrêter.

L’Europe, en effet, un instant stupéfiée par la révolution sans exemple qui avait ramené Napoléon aux Tuileries, s’était ressaisie.

Aux messages de l’Empereur, déclarant aux gouvernements alliés qu’il ne voulait pas la guerre, qu’il était rentré en France pour réparer les ruines, les deuils, par la paix féconde et durable, les souverains n’avaient pas daigné répondre.

La paix, allons donc ! La paix à ce général si longtemps victorieux dont les drapeaux parlaient aux peuples de gloire et de liberté. Non, il fallait que la France succombât, pour enterrer avec elle les idées d’émancipation que son existence faisait germer dans les masses populaires et dont tremblaient les trônes.

Une armée anglaise sous les ordres de Wellington avait débarqué en Belgique. Une armée prussienne, commandée par Blücher venait la rejoindre à marches forcées.

Et là-bas, du Rhin à l’Oural, les peuples en armes s’avançaient contre