Page:Ivoi - Les Cinquante.djvu/310

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— Une foule d’indices, qui ne signifient rien pour le vulgaire, qui sont tout pour le soldat.

— Mais encore ?

— Tenez, ce soir, en nous rendant ici, à votre appel, nous avons rencontré sur la route un familier de l’Empereur.

— Un familier, qui donc ?

Le chef d’état-major secoua la tête :

— Vous ne le connaissez pas, vous. Son nom ne vous dira rien. Mais nous, nous savons que personne ne possède la confiance de l’ogre de Corse, autant qu’Espérat Milhuitcent !

— Espérat Milhuitcent.

Ce fut un grondement qui s’échappa de la bouche du comte.

Oh ! cet Espérat ! Lui que d’Artin croyait avoir laissé mort sur la route de Grenoble ; il vivait, ce frère détesté, se trouverait donc toujours sur son chemin.

Cependant tous le considéraient avec surprise. Il fallait dominer ses nerfs, dissimuler sa rage. Il y parvint non sans peine, et d’un ton indifférent :

— On m’a déjà parlé de ce drôle, un vagabond d’une quinzaine d’années, je crois !

— Vous faites erreur, interrompit l’officier.

— Comment ?

— Ce vagabond est, je vous l’ai dit, un familier de l’Usurpateur, ce qui, entre nous, constitue une assez jolie position ; de plus, c’est, paraît-il, un petit bonhomme tout plein de ruse et de courage, capable de rendre des points à plus d’un officier supérieur de l’armée, qui en compte un certain nombre non dépourvus de valeur.

— Eh ! eh ! Mais voilà qui confine à l’admiration, gouailla d’Artin.

— Appelez cela comme il vous plaira, Monsieur le comte, mais soyez persuadé que je vous dis vrai. Au surplus, les mérites du jeune Espérat n’ont rien à voir dans l’affaire. Ce que je voulais vous apprendre, le voici. Ce soir, nous avons rencontré ce garçon. L’usurpateur l’a gardé auprès de lui toute la soirée et l’a renvoyé fort tard, bien que le campement de Cambronne, sous les ordres duquel marche ce volontaire, soit assez éloigné de Beaumont.

— Eh bien ?

— Eh bien, ne vous semble-t-il pas que l’ogre a imposé à son ami une fatigue considérable ?

— Si, mais qu’en concluez-vous ?

— Ah ! nous y arrivons. Napoléon n’impose jamais un effort inutile.