Page:Ivoi - Les Cinquante.djvu/323

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La saillie amena un sourire sur la face parcheminée du général prussien.

— Eh, tu m’ennuies, Olfuschs.

— Excusez-moi, repartit le major, ce n’est pas moi qui ai commencé.

Cette fois, Blücher fronça ses épais sourcils.

— Ah ! mais, tu t’oublies, mon garçon.

— Cela doit être, puisque vous le dites, seulement, vrai de vrai, je croyais me souvenir.

Et comme les traits du feld-maréchal se renfrognaient de plus en plus.

— Vous avez envie de me quereller. Ne vous gênez pas. En me tarabustant, vous donnerez peut-être à nos officiers d’ordonnance le temps d’accomplir leur mission.

Blücher n’eut pas le loisir de répondre. Un jeune hauptman (capitaine) fit irruption dans le jardin.

À la vue du généralissime, il s’arrêta, rapprocha les talons, et la main à la hauteur de la visière de son casque, il attendit que le chef l’interrogeât.

— Qu’est-ce ? fit sèchement ce dernier.

— Des déserteurs français.

— Qu’on les interroge,… et la fusillade s’ils ne parlent pas.

Le capitaine secoua la tête :

— On vous les a amenés, feld-maréchal, parce que l’un d’eux est un général.

— Un général ?

Olfuschs et son maître échangèrent un regard surpris.

— Un homme vêtu en paysan les accompagne. Il m’a prié de vous remettre ce billet.

Le jeune officier tendait en même temps à son supérieur un papier froissé. D’un geste brusque, Blücher s’en empara, le déplia et lut ce qui suit :

Selon ma« Illustre feld-maréchal,

« Selon ma promesse, je vous amène le général de Bourmont et cinq de ses officiers. Mais j’ai mieux que cela encore. Un prisonnier. Espérat Milhuitcent, ce gamin ami de l’Usurpateur, qui nous joua naguère si lestement à Châtillon [1]. Celui-là, j’en suis sûr, n’ignore rien des

  1. Voir la Mort de l’Aigle.