Page:Ivoi - Les Cinquante.djvu/329

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L’ironie jeta le maréchal hors des gonds. Sa face ridée se congestionna, ses yeux eurent un regard sanglant.

— Par les cornes du diable, commença-t-il d’une voix mugissante…

— Mets ton chapeau dessus, on ne les verra pas, ses cornes, persifla le prisonnier.

Du coup, Blücher écuma :

— Misérable !

Mais toujours calme, Espérat répliqua du tac au tac :

— on est misérable quand on est pauvre d’honneur. Juge à qui ce mot s’applique le mieux, à l’assassin ou à la victime.

Peut-être, dans sa rage, le maréchal allait se porter à quelque extrémité. L’entrée en scène de nouveaux personnages l’en empêcha.

Avec un grand bruit de ferraille, d’éperons, de bottes, plusieurs officiers prussiens firent irruption dans le jardin.

Tous étaient couverts de poussière, tous avaient la figure animée.

— Nos estafettes, s’écria Olfuschs.

Oubliant dans leur émoi, et la raideur, et la stricte discipline prussienne, les officiers s’écrièrent tous à la fois, sans attendre d’être interrogés.

— Les Français, feld-maréchal, les Français.

— Ils ont passé la Sambre, à Charleroi.

— Au Châtelet également.

— Ils poussent droit vers la chaussée de Namur à Bruxelles.

— Sombreffe paraît être leur objectif.

De la main, Blücher leur imposa silence et s’adressant à d’Artin.

— L’impossible se réalise.

Le comte s’inclina :

— La supposition que nous émettions tout à l’heure, devient un fait.