Page:Ivoi - Les Cinquante.djvu/343

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Christian ne s’arrête pas. Avec son fardeau il gagne la rue.

Comme il a fallu peu de temps pour ruiner le joli village, si coquet le matin encore. Partout des débris, fragments de bois, de pierres, de briques, de tuiles. Partout des taches rouges, partout des morts et des blessés.

Le Poméranien marche à grands pas, escaladant les barricades, franchissant d’un bond les cadavres.

Et soudain il chancelle.

Serait-il blessé ?

Point, une nouvelle bordée de la batterie Gérard a parcouru le village, et le « vent » d’un boulet a secoué l’athlète.

Il reste un moment abasourdi, puis reprend sa course en murmurant :

— La place n’est plus tenable. Il faut que le jeune coq soit tué par une balle de ses amis, le vieux renard l’a dit. Je ne dois donc pas l’exposer à être écrasé sous un pan de mur.

Le brute a pris à la lettre sa féroce consigne. Il court, franchit le ruisseau qui partage Ligny et fait irruption dans une maison en bordure du cours d’eau.