Page:Ivoi - Les Cinquante.djvu/364

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séparément. Par la terre allemande, il faut prendre une revanche éclatante.

Puis brusquement :

— Où allez-vous à présent, Monsieur le Comte ?

— À l’endroit où j’ai laissé ma sœur.

Un tressaillement parcourut le corps d’Espérat.

La sœur de d’Artin, cette sœur dont la retraite lui était inconnue, Lucile enfin, allait-il apprendre où elle se trouvait ?

— Au cas où j’aurais des instructions à vous communiquer, Comte, où est cet endroit ?

— Oh ! je n’ai aucune raison de vous le cacher. J’y resterai tant que les Anglais résisteront à l’armée impériale. S’ils plient, je fuirai vers Ostende, afin de mettre en sûreté ma pauvre malade.

— Et c’est ?…

— À la Maison Carrée, à l’ouest de la plaine de Waterloo. Une maison carrée, son nom l’indique, en briques rouges, toiture d’ardoises.

— La Maison Carrée, c’est bien.

En dehors de la fenêtre, Milhuitcent répéta de son côté :

— La Maison Carrée, je me souviendrai.

— Pour nous résumer, reprit Blücher, voyez Wellington. Dites-lui de tenir jusqu’à extinction. Dites-lui que je vais faire l’impossible pour rallier mes régiments et le secourir. Vous comprenez ?

— Admirablement.

— Bien. Allez, mon cher Comte. Je vais moi-même me mettre à l’œuvre.

La porte s’ouvrit, les deux personnages sortirent.

La salle était vide maintenant.

Espérat voulut s’éloigner, rapporter à l’Empereur cette conversation haineuse surprise dans les ténèbres, mais au bout de quelques pas ses jambes fléchirent.

Dans son crâne se produisit comme un tournoiement, ses yeux se fermèrent malgré lui, et définitivement vaincu par la fatigue, le jeune homme s’affaissa doucement sur le sol.

Il dormait.