Page:Ivoi - Les Cinquante.djvu/365

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XVII

Où est l’Empereur ?


— Mâtin, tu dors, l’enfant !

Ces mots, prononcés d’une voix rude, mais bonne tout de même, éveillèrent Espérat.

— Faut donc te tirer le canon aux oreilles. Eh bien, mon vieux, si tu étais soldat de l’Empereur, tu en attraperais de la salle de police. Il est vrai qu’en campagne la salle de police est à l’auberge de la belle étoile.

Le jeune homme se souleva sur son séant, se frotta les yeux.

Il était couché parmi des bottes de paille qui, sans doute, durant la nuit s’étaient rencontrées sous ses pas, avaient déterminé sa chute et le profond sommeil qui avait suivi.

Il faisait grand jour, bien que le ciel fût couvert de nuages bas qui interceptaient les rayons du soleil.

Une pluie fine tombait, et, debout devant Milhuitcent, un grand diable de hussard le considérait en riant.

— Eh bien, tu reviens du pays des songes, reprit ce dernier.

— Ma foi, oui, repartit Espérat complètement réveillé.

Et se levant tout à fait :

— J’étais las. Hier, prisonnier des Prussiens, à Ligny. Je me suis échappé, j’ai marché toute la nuit, et tout cela sans avoir rien à me mettre sous la dent.

— Tu n’as pas demandé à manger, ici ?

Le hussard, intéressé, interrogeait d’un ton paterne.

— Non, parce que, en arrivant, la maison était occupée par Blücher lui-même.

— Par ce vieux gueux.

— Oui. Alors j’ai dû rester en dehors et, la fatigue aidant,…

— Bonsoir la compagnie. Connu, conscrit. Écoute, je vais te donner de quoi te sustenter, et après je te conduirai au quartier général.