Page:Ivoi - Les Cinquante.djvu/395

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à Planchenoit, sa vengeance par la Vieille Garde. Il ne peut reconnaître les grognards donnant, à ce moment même, le suprême assaut.

Rien ne lui révèle l’épuisement des deux armées, qui ne disposent plus d’un homme de réserve, dont tous les régiments sont engagés, tous décimés par une lutte sans merci.

Mais il voit le Mont-Saint-Jean assailli. Il le voit couronné d’une auréole de feux. Et cette vue l’épouvante.

Non délogés de leurs positions, les Anglais ne sont pas vaincus.

Non vaincu Wellington, c’est donc que l’élan de l’armée impériale s’est brisé contre les lignes britanniques.

Marc Vidal pense les mêmes choses.

L’intuition de la vérité pénètre même Lucile, ignorante de ce qui a été préparé, conçu par Napoléon.

Peut-être devine-t-elle l’insuccès aux visages assombris de ceux qu’elle aime, de ce frère, de cet adolescent, honneur des Rochegaule, de ce fiancé, dont le souvenir ne l’a jamais quittée.

Et tout à coup, un frisson les secoue.

Au bout de la plaine de Waterloo, là où la route de Wavre vient s’embrancher sur la chaussée de Namur à Bruxelles, des masses sombres apparaissent. Des alignements de fumées blanches indiquent que des batteries d’artillerie viennent d’être mises en action.

— C’est Grouchy, clama Vidal, Grouchy qui, envoyé à la poursuite de Blücher, est revenu au canon. Grouchy, c’est trente mille hommes de troupes fraîches ; c’est la victoire.

À la même heure, Napoléon disait aussi :

— C’est Grouchy !

Et les troupes enflammées par l’espérance, répétaient en chargeant avec un enthousiasme irrésistible.

— C’est Grouchy !

Hélas ! tous se trompaient.

Grouchy, à plusieurs kilomètres de la plaine de Waterloo, venait seulement d’abandonner la vaine poursuite de l’armée prussienne avec laquelle il n’avait pas su rester en contact.

Il se rendait aux objurgations de Vandamme, trop tardivement par malheur, car il n’atteindra plus les abords de la suprême mêlée que vers neuf heures du soir.

Les troupes qui entraient en ligne étaient prussiennes, Blücher et Bulow, ayant dépisté Grouchy, venaient clore par un désastre l’épopée grandiose de l’Aigle, l’épopée du général de la Liberté.