Page:Ivoi - Les Cinquante.djvu/43

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que la combinaison ira à l’encontre des intérêts de la Prusse, la chose n’est point pour me déplaire.

— En ce cas… ?

— Attendez. D’autre part nous créerons ainsi un royaume vassal de la Russie, un royaume que celle-ci pourra laisser vivre ou annexer selon ses besoins.

— Monsieur le duc !…

— Je vous demande pardon, j’ai oublié que je parlais devant un Polonais.

— Et vous avez surtout méconnu la générosité d’Alexandre.

Le favori de Louis XVIII eut un geste de surprise.

— Écoutez, Monsieur de Blacas, je veux vous dire toute la pensée du Tzar. Vous êtes gentilhomme, je suis donc assuré que mes paroles ne seront pas répétées. Mais vous êtes aussi Français, et peut-être vous réjouirez-vous d’apprendre ces choses.

— Puissiez-vous dire vrai.

— Le royaume de Pologne constitué, S. M. Alexandre a l’intention de laisser les Polonais choisir librement leur souverain.

— Bien.

— Or, les assemblées, elles, sont prêtes à appeler au suprême pouvoir…

Le comte s’arrêta. On eût dit qu’il hésitait à continuer.

— Vous avez ma parole, prononça lentement le favori.

Walewski salua :

— Vous avez raison. Je ne ressentais aucune méfiance. Je me demandais seulement si j’avais le droit de parler.

— Et… ?

— Et le sort de la Pologne, le sort du monde, sont en jeu. Votre appui est indispensable ; je ne puis me taire.

Puis, s’animant par degrés :

— C’est un rêve généreux d’Alexandre. Un rêve, qu’il ne tient qu’à vous de transformer en réalité.

— Quoi, l’Empereur moscovite en appellerait à moi ? Je suis un mince gentilhomme auprès de lui.

— Vous êtes entre les mains de l’infini, comme les plus puissants monarques.

— Oui, oui, fit légèrement de Blacas, c’est entendu. Qu’attend-on de moi ?

— Que vous obteniez l’adhésion de S. M. Louis XVIII.