Page:Ivoi - Les Cinquante.djvu/53

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Avec des folles, vous, duchesse d’Angoulême, vous avez lancé la mode des chapeaux à la cosaque, des shakos à plumes à la garde russienne, sans tenir compte des sentiments de la population, à peine délivrée de la présence des armées d’invasion.

Pour entraver tout rapprochement avec les partisans de Napoléon, vous raillez celui-ci. Vous le désignez sous les noms de Bonez ou Bonnet. Aussi les républicains répondent en m’appelant Capet. C’est admirable, n’est-ce pas ?

Personne ne répondit.

En dépit de leur obstination, les membres de la famille royale sentaient bien que leur chef avait raison.

— Pour vous complaire, le Journal des Débats écrit cette stupidité : « Il est temps de faire connaître que Napoléon ne s’appelle pas Napoléon, mais Nicolas, cet homme voulait paraître extraordinaire en tout, même en son nom [1]. »

— Le ridicule tue, commença la duchesse d’Angoulême.

Louis frappa rageusement sur la table, ce qui fit sauter son Horace. Il saisit aussitôt le livre, s’assura qu’il n’avait pas souffert de la secousse, puis avec calme :

— Ma nièce, le ridicule tue un petit cadet de province, mais quand un homme a tenu la place de celui dont vous parlez, il n’en est pas de même.

— Décidément, mon oncle, vous l’admirez.

— Le public l’admire plus encore, car il a répondu à l’article du journal que je citais à l’instant.

— Il a répondu ?

— Le soir même, à la Comédie-Française, où l’on donnait Édouard, d’Écosse.

— Je ne vois pas…

— Eh bien, le parterre a fait un triomphe à cette phrase de la pièce : Il n’y a qu’un malhonnête homme pour parler ainsi d’un héros.

Le comte d’Artois tenta de détourner la conversation :

— Tout cela est fâcheux, mon frère, mais je ne puis vraiment empêcher les feuilles journalières de se livrer à des écarts de langage.

— Non, sans doute, Charles, répliqua le roi avec bonhomie, je vous prie seulement de ne pas les encourager et…

— Moi… ?

  1. Tous ces détails sont empruntés aux journaux et mémoires du temps.