Page:Ivoi - Les Cinquante.djvu/60

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Lucile. Henry enfin, un petit soldat de la campagne de France, un fidèle de l’Empereur.

Bobèche, le pitre, l’associé de Galimafré, lequel, durant cette même campagne, avait déserté ses tréteaux, pour suivre Espérat, pour faire avec lui, avec le capitaine Marc Vidal, officier d’ordonnance de Napoléon, avec le pope russe Ivan Platzov, avec M. Tercelin, le curé de Stainville, l’abbé Vaneur, et cinquante braves gens de la localité, les plus héroïques efforts pour repousser les Alliés.

À la préfecture existait un énorme dossier, où tous ces vaillants étaient dépeints, comme « dangereux ». Aucun n’avait reparu à Stainville, où l’on avait tendu une souricière, et M. Dandré aurait payé bien cher le plaisir de les rencontrer rue des Récollets.

Mais un Préfet de police, chacun le sait, ne se trouve pas toujours à l’endroit où il aurait intérêt à être.

— Eh bien ? reprit Bobèche.

— Rien, j’ai suivi la voiture de M. de Rochegaule quand il est sorti de chez de Vitrolles.

— Appelle-le donc d’Artin, mon vieux Henry. J’étais là quand son père mourant a remis entre les mains d’Espérat le nom de Rochegaule, au lien et place de ce traître d’Artin.

— Qui donc aujourd’hui voudrait tenir compte du legs d’un mourant ? Si Espérat réclamait auprès du Roi, je suis sûr que l’on s’empresserait de le loger gratuitement dans une prison d’État.

— Cela, je m’en doute.

— Alors, ne nous attachons pas à des mots. Milhuitcent est, il veut rester Espérat, jusqu’au jour…

Le jeune homme secoua la tête avec mélancolie, puis la voix changée :

— Donc j’ai suivi d’Artin. Il est entré aux Tuileries avec le duc de Blacas, sa sœur et notre ami, déguisé en Denis Latrague, puis tous ont regagné le logis Villardon, sans qu’un signe d’Espérat me révélât le but de ces déplacements.

— Il est tenu à la plus grande prudence.

— Je le sais bien.

— En résumé, rien ne t’a mis sur la voie de ce qui s’est passé entre Blacas, de Vitrolles, d’Artin et les autres.

— Rien, je te l’ai dit en arrivant.

Bobèche eut un geste de colère, puis, se calmant :

— Bah ! Milhuitcent sera plus heureux. Il le faut, car le danger est là ! Le d’Artin qui arrive de Vienne, envoyé, je le jurerais, par ce