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CHAPITRE VIII

Les Cinquante


Une table drapée de pourpre avec semis d’abeilles d’or occupait l’extrémité de la salle. Derrière, des hommes assis, immobiles et graves.

En face, des bancs étaient occupés par une nombreuse assistance.

Ici, c’étaient des hommes au visage énergique, aux cheveux coupés court, à l’altitude militaire. En dépit de leurs redingotes, de leurs vêtements civils, on devinait sans peine des demi-solde.

Un autre groupe se composait d’hommes au front hâlé, aux mains calleuses, aux gestes lents, marquant cette gaucherie particulière aux gens qui cultivent la terre.

Ceux-là étaient les braves compagnons qui, commandés par le maître d’école Tercelin et l’abbé Vaneur, de Stainville, avaient résisté à l’invasion, jusqu’à la dernière heure, sur les hauteurs de l’Argonne.

Eux, qui s’intitulaient « les Cinquante », avaient réuni les ex-officiers, les ouvriers, les bourgeois dont ils étaient entourés, et fidèles, après comme avant la défaite, ils continuaient à lutter pour l’Empereur.

Henry embrassa tout cela d’un coup d’œil.

Puis entrant délibérément dans le caveau, il s’approcha de la table en s’inclinant devant ceux qui y avaient pris place.

— Salut, M. Tercelin, salut, M. le curé, salut, capitaine Vidal.

M. Tercelin maigre, sec, brun de peau sous sa chevelure grisonnante, l’abbé Vaneur, grand, coloré sous la neige des cheveux blancs, le capitaine Vidal, beau garçon au visage triste, serrèrent la main du jeune homme.

Celui-ci s’inclina alors devant un personnage dont le profil énergique et fier commandait l’attention.

— M. de La Valette, dit-il, je suis votre serviteur.

Bobèche à son tour pressa les doigts de tous.

— Maintenant, interrogea Henry, quelles nouvelles ?

— Nous vous attendions, mon jeune ami, pour établir le bilan de la journée. Veuillez prendre place et nous commencerons.