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Page:Jacques Collin de Plancy - Dictionnaire infernal.pdf/678

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Galliane, sa sœur ; sel, je te conjure que tu aies à me tenir mes vifs chevaux de bêtes cavalines que voici présents sains et nets, bien buvant, bien mangeant, gros et gras ; qu’ils soient à ma volonté ; sel dont sel, je te conjure par la puissance de gloire et par la vertu de gloire, et en toute mon intention toujours de gloire. » Ceci prononcé au coin du soleil levant, vous gagnez l’autre coin, suivant le cours de cet astre, vous y prononcez ce que dessus. Vous en faites de même aux autres coins ; et étant de retour où vous avez commencé, vous y prononcez de nouveau les mêmes paroles. Observez, pendant toute la cérémonie, que les animaux soient toujours devant vous, parce que ceux qui traverseront sont autant de bêtes folles. Faites ensuite trois tours autour de vos chevaux, faisant des jets de votre sel sur les animaux, disant : « Sel, je te jette de la main que Dieu m’a donnée ; Grapin, je te prends, à toi je m’attends. » Dans le restant de votre sel, vous saignerez l’animal sur qui on monte, disant : « Bête cavaline, je te saigne de la main que Dieu m’a donnée ; Grapin, je te prends, à toi je m’attends. » On doit saigner avec un morceau de bois dur, comme du buis ou poirier ; on tire le sang de quelle partie on veut, quoi qu’en disent quelques capricieux qui affectent des vertus particulières à certaines parties de l’animal. Nous recommandons seulement, quand on tire le sang, que l’animal ait le cul derrière vous. Si c’est par exemple un mouton, vous lui tiendrez la tête dans vos jambes. Enfin, après avoir saigné l’animal, vous faites une levée de corne du pied droit, c’est-à-dire que vous lui coupez un petit morceau de corne du pied droit avec un couteau ; vous le partagez en deux et en faites une croix. Vous mettez cette croisette dans un morceau de toile neuve, puis vous la couvrez de votre sel ; vous prenez ensuite de la laine, si vous agissez sur les moutons ; autrement vous prenez du crin, vous en faites ainsi une croisette que vous mettez dans votre toile sur le sel, vous mettez sur cette laine ou crin une seconde couche de sel ; vous faites encore une autre croisette de cire vierge pascale ou chandelle bénite, puis vous mettez le restant de votre sel dessus, et nouez le tout en pelote avec une ficelle ; frottez avec cette pelote les animaux au sortir de l’écurie, si ce sont des chevaux. Si ce sont des moutons, on les frottera au sortir de la bergerie ou du parc, prononçant les paroles qu’on aura employées pour le jet ; on continue à frotter pendant un, deux, trois, sept, neuf ou onze jours de suite. Ceci dépend de la force et de la vigueur des animaux. Notez que vous ne devez faire vos jets qu’au dernier mot ; quand vous opérez sur les chevaux, prononcez vivement ; quand il s’agira de moutons, plus vous serez long à prononcer, mieux vous ferez.

Toutes les gardes se commencent le matin du vendredi, au croissant de la lune ; et, en cas pressant, on passe par-dessus ces observations. Il faut avoir soin que vos pelotes ne prennent pas d’humidité, parce que les animaux périraient. On les porte ordinairement dans un gousset ; mais, sans vous charger de ce soin inutile, faites ce que font les praticiens experts : placez-les chez vous en quelque lieu sec, et ne craignez rien. Nous avons dit ci-dessus de ne prendre de la corne que du pied droit pour faire la pelote ; la plupart en prennent des quatre pieds, et en font conséquemment deux croisettes, puisqu’ils en ont quatre morceaux. Cela est superflu et ne produit rien de plus. Si vous faites toutes les cérémonies des quatre coins au seul coin du soleil levant, le troupeau sera moins dispersé. Remarquez qu’un berger mauvais, qui en veut à celui qui le remplace, peut lui causer bien des peines et même faire périr le troupeau : premièrement par le moyen de la pelote qu’il coupe en morceaux et qu’il disperse sur une table ou ailleurs ; ensuite par le moyen d’une taupe ou d’une belette ; enfin par le moyen d’une grenouille ou raine verte, ou queue de morue qu’il met dans une fourmilière, disant : Maudition, perdition. Il l’y laisse durant neuf jours, après lesquels il la relève avec les mêmes paroles, la mettant en poudre et en semant où doit paître le troupeau. Il se sert encore de trois cailloux pris en différents cimetières, et, par le moyen de certaines paroles que nous ne voulons pas révéler, il donne des courantes, cause la gale et fait mourir autant d’animaux qu’il souhaite.

Autre garde. — « Astarin, Astarot qui est Bahol, je te donne mon troupeau à ta charge et à ta garde ; et pour ton salaire je te donnerai bête blanche ou noire, telle qu’il me plaira. Je te conjure, Astarin, que tu me les garde partout dans ces jardins, en disant hurlupapin. » Vous agirez suivant ce que nous avons dit au château de Belle, et ferez le jet, prononçant ce qui suit : « Gupin férant a failli le grand, c’est Caïn qui te fait chat. » (Vous les frotterez, avec les mêmes paroles.)

Autre garde. — « Bête à laine, je prie Dieu que la saignerie que je vais faire prenne et profite à ma volonté. Je conjure que tu casses et brises tous sorts et enchantements qui pourraient être passés dessus le corps de mon vif troupeau de bêtes à laine que voici présent devant Dieu et devant moi, qui sont à ma charge et à ma garde. » Voyez ci-dessus ce que nous avons dit pour opérer au château de Belle, et vous servez pour le jet et frottement des paroles qui suivent :

« Passe flori, tirlipipi. »

Garde contre la gale, rogne et clavelée. — « Ce fut par un lundi au matin que le Sauveur du monde passa, la sainte Vierge après lui, monsieur saint Jean, son pastoureau, son ami, qui cherche son divin troupeau. Mon troupeau sera