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On voit dans les Clavicules de Salomon que Belzébuth apparaît quelquefois sous de monstrueuses formes, comme celle d’un veau énorme ou d’un bouc suivi d’une longue queue ; souvent, néanmoins, il se montre sous la figure d’une mouche d’une extrême grosseur. Il s’est montré à Faust « habillé en bœuf, avec deux oreilles effroyables, des cheveux peints de toutes couleurs et une queue de dragon [1] ». Le maréchal de Retz l’a vu en léopard. Quand il est en colère, ajoute-t-on, il vomit des flammes et hurle comme un loup. Quelquefois enfin Astaroth apparaît à ses côtés, sous les traits d’un âne.

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Une des figures de Belzébulh

Benedict (Jean), médecin allemand du seizième siècle. On lui doit un livre Sur les visions et les révélations naturelles et surnaturelles, qui n’est presque pas connu [2].

Benoît VIII, cent quarante-huitième pape, élu en 1012, mort en 1024. On lit dans Platina, cité par Leloyer et par Wiérus [3], que quelque temps après sa mort Benoît VIII apparut, monté sur un cheval noir, à un saint évêque dans un lieu solitaire et écarté ; que l’évêque lui demanda comment il se faisait qu’étant mort il se montrât ainsi sur un cheval noir. A quoi le pape répondit que pendant sa vie il avait été convoiteux d’amasser des biens ; qu’il était en purgatoire ; mais qu’il n’était pas damné, parce qu’il avait fait des aumônes. Il révéla ensuite le lieu où il avait caché des richesses, et pria le saint évêque de les distribuer aux pauvres. — Après cela, le fantôme (selon le récit) se montra pareillement au Pape son successeur, et le supplia d’envoyer en diligence un courrier à Cluny, et de recommander à saint Odilon de prier Dieu pour le repos de son âme. Saint Oclilon le fit ; et peu de jours après on vit un homme lumineux entrer dans le cloître, avec d’autres personnages habillés de blanc, et se mettre à genoux devant saint Odilon. Un religieux demanda qui était cet homme de si haute apparence qui faisait tant d’honneur à l’abbé. Il lui fut répondu que c’était le pape Benoît VIII qui, par les prières d’Odilon, jouissait de la gloire des bienheureux.

Benoît IX, cent cinquantième pape, élu en 1033, dans un temps de troubles, où les partis se disputaient Rome. Il eut à lutter contre des antipapes qui l’ont fort noirci. On a dit qu’il était magicien, et que, renversé du saint-siége par ses ennemis, il y remonta deux fois par son pouvoir magique. C’est un peu niais. On a dit encore avec autant de bon sens qu’il prédisait les choses futures, et qu’il était habile enchanteur : ce que Naudé a pulvérisé.

L’auteur calviniste des grands et redoutables jugements de Dieu ajoute même qu’il fut étranglé par le diable, et qu’après sa mort son âme fut condamnée à errer dans les forêts, sous la forme d’une bête sauvage, avec un corps d’ours à longs poils, une queue de chat et une tête d’âne. Un ermite qui le rencontra lui demanda pourquoi il avait cette figure. « J’étais un monstre, répondit Benoît, et vous voyez mon âme telle qu’elle a toujours été. » Voilà qui est très-gracieux. Mais Benoît IX, au contraire, mourut dans la retraite, sous le cilice, pieusement et saintement, en 1054. C’est encore là une des victimes de la calomnie historique.

Bensozia. Certains canonistes des douzième et treizième siècles s’élèvent fortement contre les femmes d’alors qui allaient à une espèce de sabbat sur lequel il ne nous est parvenu que très-peu de notions. On disait que des fées ou des démons transformés en femmes s’associaient toutes les dames qui voulaient prendre part à leurs plaisirs ; et que toutes, dames et fées ou démons, montées sur des bêtes ailées, elles allaient de nuit faire des courses et des fêtes dans les airs. Elles avaient pour chef la fée Bensozia, à qui il fallait obéir aveuglément, avec une soumission sans réserve. C’était, dit-on, la Diane des anciens Gaulois ; on l’appelait aussi Nocticula, Hérodias ou la Lune.

On voit dans des manuscrits de l’église de Cousérans que des dames au quatorzième siècle avaient le renom d’aller à cheval aux courses nocturnes de Bensozia. Toutes, comme les sorcières au sabbat, faisaient inscrire leur nom sur un catalogue, et après cela se croyaient fées. On remarquait encore au dernier siècle, à Montmorillon en Poitou, sur le portique d’un ancien temple, une femme enlevée par deux serpents dans les airs. C’était sans doute le modèle de la contenance des sorcières ou fées dans leurs courses de nuit [4].

  1. M. François Hugo, le Faust anglais.
  2. Joannis Benedict i libellas de visionibus et revelationibus naturalibus et divinis. In-8°, Moguntiaæ, 1550.
  3. Leloyer, Discours des spectres, liv. VI, ch. xm. Wiérus, Deprœst., lib. I, cap. xvi.
  4. Dom Martin, Religion des Gaulois, t. II, p. 59 et 65.