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ceux de ces jeux qui me paraissent trop anglais, et à ceux que je maintiens je donne des noms français. J’appelle le football barette, le lawn-tennis paume, le golf ou hockey crosse, et au lieu de captain of the boats je dis capitaine des canots.

pierre de coubertin.

— Le nom ne fait rien à la chose. Nommez le football le jeu des 36 bêtes et le cricket celui des 25 quadrupèdes, pourvu que l’on y joue, et je pense que cela est indifférent aussi aux écoliers.

francisque bouillier.

— Calmez-vous, monsieur de Coubertin. Vous êtes d’accord tous deux sur le fond de la question ; il ne faut pas vous brouiller pour de légères différences de forme. Laissez-moi vous dire qu’à mon avis le système anglais ne nous convient à aucun égard.

pierre de coubertin.

— Comment cela, monsieur ?

francisque bouillier.

— Tout système d’éducation tient à l’état social et aux mœurs du pays où il est en vigueur, et dans le même pays ce système varie avec la classe à laquelle il s’applique. La France n’est pas l’Angleterre. De plus, il y a dans la société anglaise une classe qui n’existe pas en France, et c’est à cette classe-là seule que convient l’éducation que vous appelez anglaise. Je m’explique. Le changement qui s’est opéré chez nous pendant le siècle qui vient de s’écouler, a eu pour conséquence de faire disparaître la catégorie de ceux qui vivaient sans rien faire ; ce qui en reste ne compte plus ; aujourd’hui en France tout le monde à peu près a besoin de travailler. Il n’en est pas ainsi en Angleterre ; cette partie de la nation qui vit, non de son travail, mais du travail des autres, s’y maintient. La culture des immenses domaines ne se fait point par les mains qui en recueillent le fruit. Ce ne sont pas les propriétaires des mines qui en retirent le fer et le charbon. Les fabricants ne respirent pas eux-mêmes l’air empesté de leurs usines. Les riches armateurs ont à leur service un monde de marins pour aller distribuer à la terre les produits de l’industrie britannique et en rapporter ceux de tous les climats.

paschal grousset.

— N’avons-nous pas aussi en France des propriétaires de terre, des fabricants, des possesseurs de mines, des armateurs ?