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francisque bouillier.

— En nombre infiniment moindre. Ils peuvent vivre comme vivent les riches en Angleterre, comme vivait la noblesse de la cour de François ier, Henri ii et de Henri iv, dont vous invoquez l’exemple. Si l’éducation anglaise était possible en France, c’est à leurs enfants seuls qu’elle conviendrait. Est-ce pour eux exclusivement, monsieur Paschal Grousset, que vous songeriez à travailler ?

paschal grousset.

— Dieu m’en garde !

francisque bouillier.

— Le seigneur anglais, le lord, et ceux qui le singent, ont grand souci de la force et de la beauté du corps chez les leurs ; ils s’en moquent chez ceux qui travaillent pour eux. J’ai vécu assez longtemps à Londres pour en connaître la population. Les employés de commerce et d’industrie que les railways sur terre et sous terre y déchargent par milliers tous les matins, ne sont pas plus vigoureux que ceux de Paris. Les jeunes filles qui le soir sortent par troupes des usines, sont plus pâles et plus malingres que celles qui sortent de nos magasins ; et l’ouvrier qui fait les gros travaux, porte sur lui les mêmes marques de fatigue que le nôtre.

pierre de coubertin.

— Cela est réel. J’ai été mainte fois frappé de ces ressemblances. Il n’y a guère de différences que dans les types, elles tiennent à la race.

francisque bouillier.

— L’éducation de ces classes est la même dans les deux pays. Elle vise à mettre le sujet en état de se créer dans la suite une position, de se faire sa place au soleil. Le travail intellectuel l’y emporte de beaucoup sur les exercices physiques. En Angleterre elle se donne dans les dayschools (écoles d’externes), en France dans les collèges et lycées. Quant à Eton, Harrow, Rugby et autres grandes écoles anglaises qu’on veut nous proposer pour modèles, elles ne reçoivent que des jeunes gens riches qui y cherchent des relations sociales, plutôt qu’une instruction solide. Moyennant cinq à six mille francs par an, ils y retrouvent le confort de la maison paternelle, et s’y livrent au sport plutôt qu’à l’étude. De là ils vont à l’Université, incapables de lire une page de César ou un passage de Xénophon. À l’université c’est la même vie. Après y avoir passé trois années, ces gentilshommes en sortent aussi ignorants qu’ils y étaient entrés[1].

  1. Voir la Revue internationale de l’enseignement de mai 1889, à l’article intitulé : La Question du latin en Angleterre, par Joseph Texte.