Page:Jacques Roux à Marat.djvu/5

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tu es coupable de lâcheté et de trahison d’avoir resté quinze mois à dénoncer le fait. L’amour de la patrie devoit l’emporter sur le devoir de la reconnoissance, si toutefois ce sentiment doux a jamais entré dans ton cœur.

Il te sied bien mal, Marat, de me reprocher d’avoir donné dans les extrêmes, de forcer d’énergie pour faire du bruit, toi qui a écrit qu’il falloit planter huit cents potences pour y acrocher les députés de l’assemblée constituante, et qu’il falloit abattre soixante mille têtes au commencement de la révolution.

Tu dis que je suis connu dans la ville d’Angoulême, et dans les environs, pour un très-mauvais sujet, et que j’ai été décrété de prise de corps comme prévenu d’assassinat.

On a aussi lancé contre toi, Marat, plusieurs décrets… on t’a accusé d’avoir excité le peuple au pillage, au meurtre, à la violation des loix ; on t’a accusé d’être l’auteur des journées du 2 septembre et 25 février, ton nom est en horreur, en exécration à toute l’Europe ; es-tu pour cela coupable des forfaits qu’on t’impute ?… Ah ! ce n’est pas le décret de prise-de-corps, mais le crime qui deshonore.

Il est vrai qu’il y a environ quinze ans je me trouvai dans une affaire malheureuse : le supérieur du séminaire nourrissoit très mal les étudians, il n’avoit des égards que pour les chanoines et les nobles ; plusieurs jeunes libertins de la ville d’Angoulême, pour se vanger de ces préférences insultantes, se firent un jeu cruel de briser, pendant trois mois, les vitres du séminaire, avec des pierres si grosses, que les bois des croi-