Page:James Darmesteter - Coup d oeil sur l histoire du peuple juif, 1882.djvu/13

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préoccupations passagères du politique, du croyant ou du métaphysicien. Mais quelques-uns se sont élevés jusque-là, et cela suffit pour que la science soit.

D’autre part, il fallait qu’une succession de découvertes inouïes et inattendues vînt combler les profondes lacunes de l’histoire juive et éclairer ses obscurités sans nombre. Des trois grandes périodes de cette histoire, — l’une allant des origines au retour de l’exil, la seconde du retour de l’exil à la dispersion, la dernière de la dispersion à la Révolution française, — chacune n’était représentée que par des documents incomplets ou inaccessibles. Pour la première, on n’avait qu’un livre, la Bible, œuvre des âges, faite de fragments, de feuillets détachés, où souvent une ligne, un mot est tout le débris d’un siècle. Pour la seconde, rien que ce chaos Talmudique, que les Juifs seuls pouvaient sonder, mais où ils ne songeaient à chercher que des sujets d’édification ou de casuistique, et non des enseignements d’histoire. Pour la troisième enfin, l’immense amas des œuvres du moyen-âge, en grande partie oubliées des Juifs mêmes et ensevelies dans la poussière des bibliothèques. La face des choses a changé, par un double mouvement, l’un du dedans, l’autre du dehors ; du dedans, par l’emploi de la méthode historique appliquée par les savants juifs à l’étude directe des sources juives ; du dehors, par la découverte ou par l’emploi de sources non juives qui sont venues éclairer et compléter les premières.

C’est ainsi que toute une série de sciences nouvelles, nées d’hier, assyriologie, égyptologie, épigraphie phénicienne, viennent se mettre au service de l’interprétation biblique qui les paie de retour[1]. Babylone et Ninive sortent de terre avec leurs grandes pages d’histoire gravées par les Salmanazar, les Sennachérib, les Nabuchodnozor, et viennent déposer leur témoignage en face du Livre des Rois et des Prophètes[2]. L’Égypte soulève le voile de ses hiéroglyphes et une nouvelle colonne de feu vient éclairer l’exode des Hébreux[3], Le sol punique nous envoie un commentaire du Lé-

  1. L’hébreu a été longtemps, et est encore quelquefois, la clef des inscriptions phéniciennes et assyriennes.
  2. Rawlinson, Oppert, Halévy, Schrader, Lenormant, Smith, etc.
  3. Brugsch, Chabas, Lepsius, Mariette, Maspéro, etc.