Page:James Guillaume - L'Internationale, III et IV.djvu/188

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de sous-officiers, disant : « Vienne le jour de la révolution, et on nous verra agir ; nous aussi nous avons dans nos rangs une Internationale, secrète il est vrai ; mais que nos frères poussent le cri de liberté, et nous montrerons ce que nous sommes; nous saurons faire notre devoir ». Le Congrès de la Fédération belge eut lieu à Noël, à Bruxelles. On y revisa les statuts de la Fédération. Pour la première fois, le Conseil fédéral qui, depuis le début, avait eu sa résidence dans la capitale, fut transféré dans une autre ville : on le plaça à Verviers, on changea son nom en celui de Conseil régional, et, le Congrès ayant décidé que l’organe de la Fédération devait suivre le Conseil dans sa nouvelle résidence, ce fut le Mirabeau qui devint l’organe fédéral. Le journal l’Internationale, après cinq années d’existence, cessa de paraître.

La Fédération belge servait, pour l’année 1873-1874, de Bureau fédéral à l’Internationale ; c’était le Conseil fédéral (siégeant à ce moment à Bruxelles) qui provisoirement, et jusqu’au Congrès de la Fédération, en avait rempli les fonctions. Le Congrès belge décida que le Bureau fédéral resterait placé à Bruxelles, et serait composé de ceux des membres de l’ancien Conseil fédéral qui habitaient cette ville.


Pour la Hollande, rien à signaler que le Congrès de la Fédération hollandaise, qui eut lieu à Amsterdam, à Noël, et qui ratifia les résolutions du Congrès général de Genève.


Sur l’Allemagne, le Bulletin ne contient rien, que le récit d’une cordiale réception faite à Augsbourg (Bavière), par les ouvriers de cette ville, à deux groupes d’ouvriers français revenant de l’Exposition universelle de Vienne. Dans la Correspondance de Sorge on ne trouve pas non plus de détails sur le mouvement socialiste allemand pendant les trois derniers mois de 1873.

Une correspondance d’Alsace (Bulletin du 14 décembre) donnait des détails sur la triste situation des ouvriers à Mulhouse, à Thann, à Sainte-Marie-aux-Mines. Une autre correspondance (21 décembre) disait : « Le mouvement socialiste se développe en Alsace-Lorraine, malgré les tracasseries gouvernementales des Allemands, d’une part, et le courant du chauvinisme français, d’autre part, qui fait tous les efforts possibles pour l’entraîner avec lui... Les démocrates socialistes allemands ont tenté de convertir les ouvriers alsaciens-lorrains aux doctrines des politiques de Leipzig, pour les amener à prendre part aux prochaines élections pour le Reichstag. J’ai été vraiment satisfait, et tout socialiste le sera avec moi, de l’attitude des socialistes de l’Alsace en cette circonstance. Malgré les courtiers électoraux, Gutsmann de Genève entre autres, qui sont venus prêcher l’agitation électorale, et cela, me dit-on, d’après les instructions de Bebel et de Liebknecht, les Alsaciens-Lorrains sont décidés à s’abstenir en matière bourgeoise. « Nous n’attendons notre émancipation que de la révolution sociale », telle est la réponse qu’ils font aux politiqueurs tant allemands que français. »


Nous ne reçûmes pas de nouvelles d’Angleterre pendant ce trimestre.

Aux États-Unis, une formidable crise financière avait éclaté. Les banques, de toutes parts, suspendaient leurs paiements ; les fabriques fermaient leurs portes, et les ouvriers, par légions, se trouvaient jetés sur le pavé, sans ressources, et demandaient inutilement à employer leurs bras inoccupés. Un ouvrier bernois, guillocheur, membre de la Fédération jurassienne, établi à Boston, Lucien Pilet, écrivait à ses amis de Sonvillier (11 novembre) : « Je dois vous dire quelques mots de la crise actuelle, dont vous devez sans doute ressentir le contre-coup. Elle a commencé il y a environ trois mois, et elle n’a pas l’air de vouloir finir de si tôt. C’est plutôt une crise de numéraire qu’autre chose ; l’ouvrage ne manquerait pas si l’argent circulait. Le gouvernement républicain bourgeois des États-Unis donne aux autres peuples une bien triste idée de son administration ; les représentants du peuple sont les premiers à se mêler aux tripotages financiers pour en tirer profit. Si vous en parlez aux Américains, ils vous disent que ce sont les hommes au pouvoir