Page:James Guillaume - L'Internationale, III et IV.djvu/218

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à la suite de 104 procès, avaient été condamnés à un total de 212 mois de prison ; d’autre part, chez les socialistes du parti d’Eisenach, Johannes Most avait été condamné, pour un discours sur la Commune de Paris, à dix-huit mois de prison. Ces rigueurs qui atteignaient à la fois les deux fractions rivales eurent pour résultat d’accélérer l’union complète, qui devait s’accomplir l’année suivante.

On nous avait écrit d’Alsace, en août, que la situation des ouvriers devenait toujours plus pénible, que le gouvernement faisait surveiller par des mouchards toutes les sociétés ouvrières, qu’un cabinet noir violait la correspondance de tous les citoyens suspects d’indépendance : « Mais, ajoutait-on, toutes ces persécutions ne font que redoubler le zèle de nos amis ».

En Autriche, les persécutions étaient aussi à l’ordre du jour : en juin, Andreas Scheu fut arrêté, et on annonça que la police était sur la trace d’un grand complot.


En Angleterre, l’Internationale ne faisait pas parler d’elle : la branche marxiste n’existait plus ; et, d’autre part, les sections qui s’étaient fait représenter en 1873 à Genève par Hales et Eccarius semblaient n’être pas très vivantes. Mais il n’y en avait pas moins une guerre constante entre les salariés et leurs exploiteurs. « Le mouvement ouvrier anglais ne présente que rarement des incidents d’un intérêt général ; la lutte contre le capital s’y manifeste par des grèves incessantes, mais ces grèves se ressemblent toutes, et, quel qu’en soit le résultat, elles ne produisent pas en définitive une modification sensible dans la situation générale du travail... Un épisode pourtant, dans cette lutte, a présenté un intérêt spécial : c’est la grève des ouvriers agricoles. Il n’y a guère qu’une année que ceux-ci ont commencé à se constituer en sociétés ; et les propriétaires et fermiers ont voulu étouffer dès sa naissance ce mouvement qu’ils redoutent, en obligeant tous les ouvriers occupés par eux à renoncer à faire partie d’une association. Cette prétention a été la cause d’une lutte de plusieurs mois, qui n’est pas encore terminée. » (Bulletin, 5 juillet.) La grève des travailleurs agricoles prit fin en août : « Les ouvriers ont remporté un avantage sérieux : les fermiers voulaient les forcer à sortir de l’Association agricole ; or, en reprenant le travail, les ouvriers gardent dans leur poche leur carte de membre de l’Association ; la grève avait éclaté parce que les fermiers avaient d’abord exigé que les ouvriers leur remissent leur carte de membres, et les fermiers ne parlent plus de cette exigence. » (Bulletin, 10 août.)

Aux États-Unis, il s’était fondé à New York un journal appelé Bulletin de l’Union républicaine de langue française, qui était sympathique à l’Internationale et où nous trouvions de temps en temps des nouvelles de ce que faisaient nos amis d’Amérique. Il nous apprit, en juin 1874, que la Section 2 de l’Internationale et le groupe révolutionnaire socialiste international de New York avaient fusionné pour se transformer en une section nouvelle, sous le titre de « Section de langue française de l’Association internationale des travailleurs » ; l’un des secrétaires correspondants de cette section était Sauva, l’ancien délégué des Sections 2, 29 et 42 à la Haye.


Je termine cette revue par ce qui concerne la Fédération jurassienne.

Il n’est guère question, dans les nouvelles que donne le Bulletin, pendant l’été de 1874, au sujet de l’Internationale en Suisse, que de grèves, de sociétés de résistance, de congrès de fédérations de métier, c’est-à-dire de ce qu’on appellerait aujourd’hui l’action syndicaliste. La polémique tient de moins en moins de place dans notre journal ; les questions théoriques n’y sont traitées que de temps à autre ; le mouvement ouvrier s’y trouve constamment au premier plan.

Il y eut d’abord, à la Chaux-de-Fonds, une grève des charpentiers et menuisiers, qui dura du 1er mai jusqu’en juillet, et se termina par un triomphe partiel des ouvriers ; une assemblée extraordinaire de la fédération ouvrière locale (9 mai), présidée par Fritz Heng, décida de soutenir énergiquement les