Page:James Guillaume - L'Internationale, III et IV.djvu/61

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toyen Mitchell entra et prit sa place. On lui demanda de lire le procès-verbal de la séance précédente ; il répondit qu’il ne l’avait pas apporté avec lui. On l’invita à en donner de mémoire un résumé. Il s’y refusa, disant « qu’il ne se souvenait de rien ». Le Conseil poursuivit alors ses délibérations, décida de fixer la date de réunion du Congrès de la Fédération anglaise au 26 janvier 1873 [1] et nomma une Commission exécutive de six membres chargée d’organiser ce Congrès. Cette Commission fut composée des citoyens Foster, Pape, Jung, Hales, Mayo et Grout. Puis le Conseil se sépara après avoir voté une dernière résolution portant que « le bail de la salle au n° 7 de Red Lion Court était définitivement résilié, et que le Conseil fédéral ne se réunirait plus jusqu’au Congrès ». En exécution de cette résolution, deux membres du Conseil se rendirent auprès du propriétaire pour la lui communiquer ; ils lui demandèrent en même temps de remettre au citoyen Hales, secrétaire correspondant, les lettres qui pourraient arriver à l’adresse du secrétaire du Conseil. Le propriétaire s’y refusa, disant que M. Riley l’avait prévenu de ne rien écouter de ce que Hales pourrait lui dire.

Tel est le résumé de ce document, qui jette une lumière inattendue sur certains agissements malpropres du parti autoritaire.


Le double épisode qui vient d’être raconté, la réunion clandestine de la minorité le jeudi 19 décembre, et l’apparition inattendue de la majorité à la réunion du lundi 23 décembre, où l’intrigue marxiste fut déjouée, a été perfidement dénaturé dans le libelle intitulé Die Internationale, de Gustav Jaeckb. L’auteur, qui appelle la majorité les sécessionnistes, écrit : « Les sécessionnistes se désignaient eux-mêmes comme la majorité. Mais il serait bien étonnant qu’ils eussent eu recours à la sécession, s’ils avaient été en effet les plus nombreux au Conseil fédéral ; et on se demande pourquoi ils se seraient abrités dans l’ombre et le mystère, eux majorité, pour accomplir la scission. Une lettre de Vickery, publiée dans l’Eastern Post du 23 février 1873, raconte que les meneurs convoquèrent dans le plus grand secret [pour le 23 décembre] une réunion, dont les membres de la majorité n’entendirent parler que le jour même où elle eut lieu, et que dans cette réunion fut décidée la convocation du Congrès. » La lettre de Vickery — bien que celui-ci fût membre de la minorité — dit la vérité, et ceux qu’elle appelle « majorité » sont les anti-marxistes ; mais Jaeckb, le menteur, transforme audacieusement cette vérité en son contraire. Tandis que les meneurs qui convoquèrent « dans le plus grand secret » la réunion du 23 décembre sont, comme on l’a vu, les membres de la minorité marxiste, sous la plume de Jaeckb ces meneurs deviennent les anti-marxistes, et la minorité marxiste devient la majorité ; en sorte que la manœuvre accomplie par les membres de la minorité, par les amis de Marx, est présentée aux lecteurs du libelle comme accomplie par Hales, Jung et leurs amis, désignés sous le nom de meneurs ; et Jaeckb tire de là cette conclusion, que sans doute la soi-disant « majorité » (Hales, Jung et leurs amis) n’avait pas en réalité le nombre de son côté !

Sorge, dans son zèle, s’est chargé d’apporter le pavé de l’ours, en publiant une lettre de Marx, du samedi 21 décembre 1872 (donc, antérieure de deux jours à la réunion du 23 décembre), dans laquelle Marx raconte la part prise par lui et Engels aux intrigues qui précédèrent et suivirent l’escamotage accompli l’avant-veille, 19 décembre, par leurs amis ; il explique comment les deux contre-circulaires furent rédigées, l’une par lui-même (celle qui porte les signatures du pseudo-Conseil fédéral), l’autre par Engels (celle qui parut sous le nom

  1. On a vu plus haut que la date primitivement choisie avait été le 5 janvier (circulaire du Conseil fédéral anglais du 10 décembre).