Page:James Guillaume - L'Internationale, I et II.djvu/258

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jouissons depuis quelques mois d'une liberté relativement assez large ; ce n'est pas un droit reconnu, il est vrai, ce n'est que de la tolérance..... Quant à nous, socialistes, nous profitons hardiment de la latitude qui nous est laissée pour accroître nos forces par une active propagande et détruire le prestige de toutes ces personnalités bourgeoises, plus ou moins radicales, qui étaient un danger sérieux pour la révolution sociale. Depuis les élections générales (mai), un progrès immense a été accompli. Le parti socialiste n'a pas posé de candidats aux élections générales ni aux élections complémentaires qui viennent d'avoir lieu, mais les orateurs socialistes ont fait prendre aux candidats radicaux que le peuple acclamait, et qu'il était impossible de ne pas nommer, des engagements qu'ils ne devaient pas tenir, et leurs défaillances successives nous ont permis de montrer leur incurie et de désillusionner le peuple sur leur compte. » Rochefort fut élu à Belleville le 21 novembre ; le 9 décembre paraissait le premier numéro de la Marseillaise, dans laquelle Rochefort fut chargé de la partie politique, tandis que la partie sociale du journal et la direction étaient confiées à Millière, qui bientôt s'associa des membres de l'Internationale, anciens collaborateurs du Travail.


Après le Congrès de Bâle, un des délégués espagnols, Sentiñon, avait fait un voyage en Allemagne et en Belgique pour y prendre des renseignements sur diverses questions techniques, en vue d'une prise d'armes éventuelle des ouvriers de la Catalogne. À son retour, en novembre, il s'arrêta chez moi, à Neuchâtel. C'était un homme d'un caractère doux et affable, très instruit, à la contenance calme et presque timide ; il avait fait ses études de médecine à l'université de Vienne, en Autriche, et parlait l'allemand comme un Allemand. Il y avait un mystère dans sa vie, mystère que j'ignore et n'ai pas cherché à savoir : il l'avait confié à Bakounine, qui, en passant à Neuchâtel à la fin d'octobre, m'avait parlé de lui avec beaucoup de sympathie. Sentiñon désirait voir chez eux nos camarades des Montagnes, et, le 23 novembre, sur son désir, je le conduisis au Locle, où, à l'occasion de son passage, avait été convoquée une assemblée générale des trois Sections locales, assemblée à laquelle assistèrent également des délégués de la Chaux-du-Milieu, de la Chaux de-Fonds, du Val de Saint-Imier et de Neuchâtel. Le Progrès (n° 24, 27 novembre) rendit compte de cette réunion ; voici quelques extraits de son compte-rendu :


La séance a été ouverte à huit heures du soir par Aug. Spichiger, président du comité local, qui a annoncé qu'il y aurait le dimanche 5 décembre un meeting aux Ponts, et le dimanche 12 décembre un autre meeting à Bienne.

La parole a été donnée ensuite à Sentiñon, qui s'est exprimé à peu près en ces termes :

« En Espagne, comme vous savez, le parti républicain avait pris les armes le mois passé pour empêcher l'élection d'un roi. Cette insurrection a échoué, parce que les républicains n'avaient pas su gagner l'appui des ouvriers. En effet leur but était purement politique... Malgré la défaite des républicains, la situation en Espagne est loin d'être défavorable ;... et lorsque l'état de siège sera levé, on réussira très promptement à faire adhérer de toutes parts les ouvriers à l'Internationale. L'Espagne a un avantage sur d'autres pays catholiques : le clergé n'y a aucune influence, sur les hommes du moins. D'abord, chose fort réjouissante, il n'y a plus de moines en Espagne ; et la haine contre cette espèce-là est si vive, que, si un moine osait se montrer dans les rues d'une ville, il serait infailliblement lapidé. Quant au clergé séculier, il est méprisé... Une autre chose de bon augure pour le socialisme en Espagne, c'est que l'anta-