Page:Jammes - Le Deuil des primevères, 1920.djvu/133

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Mon âme avait besoin de lever ses mains pieuses,
mon âme avait besoin de la fontaine fraîche
qui emplit les creux d’or de son eau vide et verte.

Allez chercher mon cœur. Il est je ne sais où.
Il est devenu fou.
Donnez des coups de pied pour voir dessous les pierres
Cherchez dans les buis bleus et les genévriers,
et dans le ravin rouge empli d’azur brûlant
où, dans la sécheresse, à midi, on entend
le vol des perdreaux gris braire sur les lavandes.


Le Poète s’assied sur une pierre auprès d’un houx. Au-dessus de sa tête un oiseau se pose sur un sorbier et lui dit :


Le petit bruit sec que tu entends et t’étonne :
c’est mon petit bec noir solide qui le fait
en craquant une graine de chanvre que j’ai trouvée,
en cherchant bien, dans une crotte de mulet.
Je suis un innocent, mais je suis un oiseau,
et sais que le Bon-Dieu, quand arrive l’automne,
détache de ses mains les graines qui sont bonnes.