Page:Jammes - Le Deuil des primevères, 1920.djvu/134

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LE POÈTE

Oh ! Que c’est étonnant ! C’est un oiseau qui parle…
Je ne connaissais pas les oiseaux des montagnes.
Mais, le plus drôle, c’est qu’il me parle en chantant.
Oh ! qu’il a une bonne petite grosse tête.
Elle est en velours noir et son joli gilet
semble une vigne-vierge au déclin de l’Été.
Petit oiseau ! Que tu es joli ! Que tu es joli !
Tes jeux noirs sont deux grains de sauvage framboise.
Ton petit dos en boule est en couleur d’ardoise,
et comme s’il était le toit de ta maison…


L’OISEAU

J’ai été bien souffrant toute l’année dernière.
Un chasseur m’avait mis un grain de plomb sous l’aile.
De mon bec, j’écrasais sur une pierre humide
une feuille de menthe mêlée à l’argile.
Je l’appliquais sous l’aile et sur le sang caillé.
Tous les matins, quand me réveillait la rosée,
j’étirais doucement mon aile endolorie,
et je recommençais le petit traitement
du petit cataplasme à la feuille de menthe.
Maintenant je suis bien et je prie le Bon-Dieu.