Page:Jammes - Le Deuil des primevères, 1920.djvu/135

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LE POÈTE

As-tu vu le Bon-Dieu, quand tu volais aux cieux ?


L’OISEAU

Non. Le Bon-Dieu n’est pas en haut. Il est en bas.
Il habite la petite maison que tu vois
où il y a une fontaine et des œillets sauvages
et un chien qui s’endort aux mouches de l’étable.
Souvent, sur un sorbier, j’ai vu, en me perchant,
la bêche du Bon-Dieu qui luisait dans l’aurore
à côté de sa petite chèvre désobéissante
qui fait des milliers de petites crottes.
Dieu se lève au matin et se couche à la nuit
lorsque sourient et que se détrempent les roses.
Il sait tous les besoins qui sont au cœur des choses
Lorsque l’herbe est trop sèche il y met de la pluie.
Il soigne l’aubergine, la courge et la laitue.
Il sème le bon grain dont il sait la vertu.
Son raisin parfumé chante, quand vient l’octobre,
dans ses tonnes usées aux couronnes d’osier.
Quand il parle, sa voix douce comme un baiser
fait que son chien se lève et secoue son collier.