Page:Jammes - Le Deuil des primevères, 1920.djvu/65

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Je vous en prie : laissez-le bien dormir tranquille
sous l’yeuse où, au matin, le rouge-gorge crie
des cantiques sans fin à la Vierge Marie.


III


Quand mon cœur sera mort… Mais non… Viens le chercher.
Viens le chercher avec ta grâce parfumée.
Je ne veux pas qu’il se refuse à ton baiser.
Prends-le, emporte-le avec cet air farouche
que tu avais parfois lorsque tu me serrais
sur ta gorge… Ne pleure pas, ô mon amie.

Ne pleure pas, amie. La vie est belle et grave.
J’ai souffert et t’ai fait souffrir plus d’une fois…
Mais les agneaux paissaient l’aurore des collines,
mais la lune baisait les brouillards endormis,
mais les chevreuils dormaient sur les clairières pâles,