Page:Jammes - Le Deuil des primevères, 1920.djvu/68

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



Elle ira se poser auprès des niches sombres
où dorment les vieux chiens au seuil des métairies,
et elle ira sourire à ces petites tombes
où sont des innocents qui n’ont pas vu la vie.

Que ma torture alors se noie dans la douceur,
et que ces jeunes gens qui viendront du village
à l’endroit où l’on trouve des tulipes sauvages
aient beaucoup de naïveté et de bonheur.

Pense à ces choses-là par cette journée triste.
Pleure, pleure et pleure encore, pleure sur mon épaule.
Tu es troublée, n’est-ce pas, de ce que je te quitte ?
Tes baisers parfumés tremblent comme de l’aube.

Dis-moi, disons adieu à nos âmes chéries,
comme aux temps anciens où pour les grands voyages
des mouchoirs s’agitaient sur des faces flétries,
entre les peupliers des routes des villages.