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LA SŒUR ROSE

femme est belle aussi, mais elle se démène comme une lionne. À ses pieds est renversée une cruche sur un pain noir ; une tête de mort, qui sourit hideusement, est placée à côté de la lampe, dont le sombre reflet se perd dans ces yeux crevés et se promène insensiblement sur ces dents luisantes. On dirait une âme en peine qui joue le De profundis sur ces touches d’émail. Dans un coin du mur, au-dessus de cette paille en désordre, un affreux crucifix tout sanglant est dressé, et même dans cette sainte image l’inquisiteur qui l’a sculptée a trouvé le moyen de mettre plus de colère que d’indulgence. Tout cela est bien horrible. Cette malheureuse est vêtue d’un cilice qui meurtrit ses belles chairs, et il me semble cependant que cette gorge de marbre est sur le point de rompre ces mailles terribles. Les cheveux de cette femme sont remplis de paille, son regard est plein de fièvre, son cœur est plein de rage… Quelle est donc cette femme ?