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LA SŒUR ROSE

entre la vertu et le vice, entre l’austérité et la débauche, entre la paille du cachot et le sopha du boudoir.


II


Je fus plusieurs jours sans retrouver mon fantastique historien. Je regrettais avec un indicible effroi la mordante ironie, le ton leste et goguenard de ce damné qui voyait si profondément tous les détours de l’âme humaine. L’appeler, courir après lui, l’invoquer par une incantation magique, c’était bien vieux et bien usé. Et d’ailleurs à quoi bon ? le diable c’est comme l’inspiration poétique : il n’est aux ordres de personne il va, il vient, il s’arrête, il s’en va, il revient quand il veut, où il veut et comme il veut. Quel est le grand poëte qui puisse se dire à lui-même, en se levant le matin heureux et rafraîchi par les songes de la nuit : — Aujourd’hui je serai un poëte ? Quel est l’homme aussi qui puisse dire à coup sûr : —