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ET LA SŒUR GRISE.

lent l’amour au blasphème, est placée la cellule où Léonore attendait en vain chaque jour la révolution libératrice qu’elle s’était promise et qui n’arrivait pas. L’histoire de Léonore je la ferai courte comme l’histoire de Louise. À peine entrée au couvent Léonore eut peur et se mit à douter de sa libération prochaine. Tant qu’elle n’eut pas prononcé ses vœux éternels elle avait été sûre de la ruine totale des institutions établies, et elle s’était fait tout bas une fête de se retrouver libre parmi ce bouleversement universel dont die ne doutait pas ; mais une fois captive, voilée, cloîtrée, elle ne fut plus maîtresse d’elle-même ; elle n’eut plus la patience d’attendre les temps prédits par l’Encyclopédie : cet esprit, en secret révolté, se révolta ouvertement. Elle eut la fièvre terrible d’une jeune et robuste fille que la passion dévore, que le doute embrase, et qui subit à la fois la révolte de l’esprit et la révolte de la chair. Ainsi elle devint bientôt un objet d’effroi dans ce couvent