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LA SŒUR ROSE

qui avait conservé toute la rigidité de l’ordre, un sujet d’épouvante parmi ces saintes filles, d’autant plus inexorables qu’elles voyaient s’avancer la chute de la Jérusalem céleste. Bientôt donc toutes les rigueurs du cloître s’appesantirent sur Léonore : le jeûne, les veilles, les prières, le cilice, les verges, rien n’y fit ; elle était indomptable. Sa frénésie la prenait plusieurs fois dans le jour, et alors elle déchirait sa robe, son voile, son suaire, et dans cette nudité complète elle défiait le ciel, elle invoquait les hommes. Souvent, au milieu du chœur, la nuit, et quand la mère abbesse entonnait les matines, Léonore, élevant la voix, récitait les plus violents passages de ses philosophes bien-aimés. Plusieurs fois le chapitre s’était assemblé pour prononcer sur le sort de cette malheureuse : elle fut condamnée aux oubliettes. À force de jeûnes et de coups on la réduisit au silence ; on la couvrit d’un voile mortuaire, on dit sur elle !e De profondis, on la descendit dans ce sépulcre que tu