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l’aveugle.

célébrités les plus fortes, celles de la veille, le touchaient peu. Il n’eût pas détourné la tête pour voir un pape saint-simonien. On lui eût dit pendant qu’il était à dîner : Voici une révolution qui passe ! qu’avant le dessert il ne se fût pas mis à la fenêtre pour la voir passer.

Souvent je le grondais de tant d’indifférence : — Malheureux ! lui disais-je, tu ne sauras donc jamais un mot de l’histoire contemporaine ! Tu n’as vu ni M. Périer, ni M. le général Lafayette, ni le père Enfantin, ni Béranger ! tu n’as pas été admirer le monument en bois des héros de juillet et l’éléphant en plâtre de la Bastille ! Tous nos grands hommes passeront, tous nos monuments crouleront, et tu ne pourras pas dire à tes petits enfants : Je les ai vus ! Malheureux et insensible ami ! à quoi donc te sert d’avoir des yeux ?

Ainsi je lui parlais souvent. Lui, railleur-bonhomme, se moquait de mon enthousiasme ; il traitait toute l’histoire contemporaine comme de l’histoire ancienne ; il attendait, disait-il,