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croquis.

monde fantastique que pour le buveur, et l’amoureux, et le poëte ! il n’y aurait de sixième sens que pour ces fous privilégiés ! Oh ! que non pas ! l’artiste est fantasque aussi, et le peintre a, lui aussi, son dieu aveugle, son hasard. L’imagination vaporeuse de la nuit tend aussi à Charlet ses bras de nuages, elle le berce lui aussi sur son sein à demi nu, elle le réchauffe de ses tièdes baisers, elle le couvre de ses cheveux. Dors, mon timide Charlet ; dors, mon fils, dors, balancé par elle ; rêve ta gloire. Un instant quitte le tableau qui te fatigue ; cesse un instant de chercher des couleurs et des ombres et d’arranger méthodiquement tes personnages ; cesse de faire de la peinture pour les autres, fais-en pour toi ; renvoie avant l’heure ton charmant modèle, Jenny qui tremble, qui tient d’une main son dernier jupon, Jenny que le froid a saisie dans l’atelier, que son amant attend dans la mansarde, et qui aura à souper ce soir pour elle et pour lui. Rêve donc, Charlet. — Et voilà