Page:Jarry - Albert Samain, 1907.djvu/31

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


Sinon ses œuvres, testament de son âme, il ne pouvait laisser de meilleure image posthume que son portrait par Carrière, cet autre myope. La poésie de Samain bénéficiait de cette divine myopie qui fait que les aides de qui le globe oculaire est ovale ont toujours le ciel tout près, et partout à égale distance. Ils vivent dans un halo, et pour eux la nature amoureuse se poudre éternellement.

Telle fut le réduit chimérique et réel que le poète se plaisait à se construire en imagination, dédaigneux, pour celui qu’il habitait, d’ornements autres que ceux par lui rêvés :

« Ma chambre tendue toute de velours gris acier à reflets bleutés. Le plafond rosé éteint s’en allant vers le mauve avec un grand motif de décoration — Renaissance — en vieil argent, incrusté à l’un des angles. Une tenture pour masquer la porte. Point de fenêtres, la chambre ne devant être habitée qu’à la lumière. En bas, formant plinthe, une bande de vieil argent découpée à jour appli-