Page:Jaurès - Histoire socialiste, I.djvu/750

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toujours, dans le détail, aux principes de ce gouvernement-là et cherchent à enlever à notre Constitution monarchique tout ce qui pourrait éloigner des résultats qu’ils désirent.

« Je déclare que, quant à ceux-là, je ne les attaque point ; quiconque a une pensée sincère, une opinion politique pure, comme pour la plupart je les en crois parfaitement capables, a le droit de l’énoncer. Chacun a sa façon de voir ; c’est l’opinion de la majorité qui fait la loi. Mais il s’est élevé une autre classe de personnes contre notre travail ; et celle-là, ce n’est pas à raison de ses opinions politiques qu’elle s’est montrée opposante, ce n’est pas parce qu’elle aime mieux la République que la monarchie, la démocratie que l’autocratie, c’est parce qu’elle ne veut aucune espèce de gouvernement ; c’est parce que tout ce qui fixe la machine politique, tout ce qui est l’ordre public, tout ce qui rend à chacun ce qui lui appartient, tout ce qui met à sa place l’homme probe et l’homme honnête, l’homme improbe et le vil calomniateur, lui est odieux et contraire. » (On applaudit à plusieurs reprises dans la très-grande majorité de la partie gauche.)

L’extrême gauche, encore affaiblie et ébranlée par la journée du 17 juillet laissait passer l’orage. Robespierre se bornait à des interventions de détail. Mais peu à peu, aidé par Pétion, il raffermissait les Jacobins, retenait les sociétés affiliées, et il n’attendait qu’une occasion de frapper sur ses adversaires un grand coup en les accusant de faire le jeu de la Cour, en insinuant qu’ils avaient revisé la Constitution pour lui être agréables. Il éclata dans la séance du 1er septembre.

Le vote des lois constitutionnelles était terminé. Il s’agissait de soumettre l’ensemble de la Constitution à l’acceptation du roi. Plusieurs députés exprimaient l’espoir que le roi l’accepterait en effet. Robespierre s’écria avec sarcasme qu’il serait vraiment étrange que le roi n’agréât pas une Constitution où tant de remaniements avaient été faits pour lui plaire. « C’est bien le moins, ajouta-t-il, qu’on nous assure la possession des débris qui nous restent de nos premiers décrets. »

Et haussant le ton jusqu’à la menace révolutionnaire : « Si on peut attaquer encore notre Constitution après qu’elle a été arrêtée deux fois, que nous reste-t-il à faire ? reprendre ou nos fers, ou nos armes. » Cette sorte d’appel à l’insurrection témoigne que Robespierre avait repris confiance en sa force et que la période « de terreur bourgeoise » ou, pour parler plus exactement, de terreur feuillantiste était passée.

L’Assemblée s’indigna comme si Robespierre appelait de nouveau le peuple au Champ-de-Mars, et pour une action plus décisive. Duport, le théoricien, ami de Barnave, s’emporta, dit-on, jusqu’à le menacer.

Ou du moins, Robespierre interpréta son geste comme un outrage. « Je vous prie, Monsieur le Président, de dire à M. Duport de ne pas m’insulter s’il