Page:Jaurès - Histoire socialiste, IX.djvu/243

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humaine, des incarnations successives, du circulus par lequel tout être vivant rend à la terre d’où il est sorti ce qu’il a reçu d’elle ; convaincu que l’homme est, comme Dieu, un être triple, à la fois sensation, sentiment et intelligence, il a pour le nonmbre trois une sorte de respect superstitieux et c’est sous forme de triades que lui apparaissent les éléments essentiels de la société, les fonctions que chacun y remplit, les institutions qui doivent la régir, les rémunérations que le travail doit y recevoir. Ses idées sont colportées par son gendre, Luc Desages, par Hippolyte Renaud, Grégoire Champseix, Auguste Desmoulins, par des femmes comme George Sand qui s’est inspirée de lui dans plusieurs de ses romans, comme Pauline Pioland, l’héroïne que Victor Hugo a chantée, comme Clotilde de Vaux qui fut l’Égérie d’Auguste Comte.

Socialistes mystiques et socialistes chrétiens se touchent de si près qu’on ne sait trop parmi lesquels classer des hommes comme Esquiros ou Simon Granger qui ont écrit des Évangiles républicains, comme ces abbés Constant et Châtel qui ont publié la Bible de la liberté et le Code de l’Humanité, ou comme Toureil, le nuageux fondateur de la religion fusionnienne. Mais, par une transition presque insensible, Buchez, le néo-catholique, dont l’Atelier exprime les opinions sociales, nous mène, avec ses disciples Ott, Corbon, Cerise, aux catholiques vaguement teintés de socialisme qui abondent alors et dans les rangs desquels Villeneuve-Bargemont a la première place. Il existe, en ce temps-là, une Société pour l’application du christianisme aux questions sociales ; il existe même une Revue du socialisme chrétien dirigée par Callaud.

A côté de Louis Blanc, il faut ranger Vidal, qui fut le secrétaire de la Commission du Luxembouig, et Pecqueur, qui participa aux travaux de la même Commission. Plus homme d’action qu’homme de cabinet, Blanqui a derrière lui des soldats plutôt que des disciples. On pourrait en dire autant de Raspail, qui ne saurait être passé sous silence, puisqu’à l’élection présidentielle les socialistes se comptent sur son nom et lui donnent 30,920 suffrages. Enfin, hors rang, il faut placer Proudhon, qui tantôt répudie, tantôt revendique le titre de socialiste, et un certain nombre d’étrangers qui séjournent plus ou moins longtemps à Paris, comme Robert Owen, Karl Marx, Herzen, Bakounine, Colins, etc.

Après les partisans d’une révolution sociale se classent ceux qui se bornent à réclamer des réformes ; qui, sans vouloir changer les pièces maîtresses de l’organisation existante, reconnaissent qu’elle pourrait et devrait être améliorée au profit des travailleurs. Ceux-là s’échelonnent aux degrés les plus divers. Tout en haut, les démocrates, qui répondent aux instincts de la petite bourgeoisie, se rencontrent et font campagne avec les socialistes sur le terrain de leurs revendications les plus modérées. Plus bas, parmi des républicains tricolores, figurent aussi des philanthropes, des chrétiens,