Page:Jaurès - Histoire socialiste, IX.djvu/388

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Quant au sort des réformes qui avaient reçu un commencement d’exécution, il fut réglé de façon uniforme. L’impôt du timbre fut rétabli et augmenté. L’impôt sur la circulation des boissons, supprimé le 31 Mars 1848, ressuscita le 22 Juin de la même année ; puis, aboli de nouveau par la Constituante le 16 Mai 1849, il fut, après une enquête, rétabli par la Législative le 20 Décembre de la même année. Le sel, déchargé de tout droit par le Gouvernement provisoire, fut soumis par la Constituante à une taxe nouvelle le 28 Décembre 1848. On s’en tint pour couvrir les déficits aux moyens classiques : impôts traditionnels, tels qu’ils avaient été fixés par Napoléon ler, y compris la prestation en nature qui fut maintenue sans changement ; emprunts grevant l’avenir, c’est-à-dire augmentant la dette perpétuelle par la création de rentes. Elle était, au 24 Février 1848, de 3,954,085,910 francs ; elle est, au 31 Décembre 1851, de 5,709,671,728 francs. Mais cela ne déplaisait pas à l’aristocratie financière, témoin les fonds publics, qui descendus en Avril 1848 à 50 fr. 20, remontaient à des chiffres fort élevés. A la suite du Coup d’État, le 3 0/0 sautait de 45 à 86 francs, et le 5 0/0, quoique menacé de conversion, de 89 à 106.

Ainsi, après quelques oscillations, le système fiscal, où en tout pays se reflète la constitution économique de la société, redevenait ce qu’il était, comme l’arbre qui, un instant courbé par la tempête, se redresse et reprend dans l’air calme la place qu’il occupait.



CONCLUSION


CHAPITRE XI


LE TOURNANT DU XIXe SIÈCLE


Si pourtant, après avoir retracé sa courte carrière, on essaie de dresser le bilan de la Deuxième République française, on constate que la France n’est plus au lendemain ce qu’elle était à la veille de cette grande secousse.

Les changements n’ont point porté sur l’étendue du territoire, bien que les expéditions faites contre les Kabyles aient reculé les limites de l’Algérie et que les satisfactions obtenues du Maroc à coups de canon indiquent chez les dirigeants une volonté d’expansion coloniale, qui est naturelle en un pays où le commerce, l’industrie et la banque ont avec l’armée la haute main sur les affaires publiques. Mais les modifications subies par le chiffre de la population prêtent à des remarques intéressantes. En cinq ans la population n’a augmenté que de 381.335 personnes : c’est un accroissement moindre que celui des périodes quinquennales qui précèdent ou qui suivent. Fait plus frappant encore ! La population de Paris a baissé. Elle était de 1 million