Page:Jaurès - Histoire socialiste, IX.djvu/57

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voter leur mari pour la religion. En cette région de tradition royaliste, les républicains sont déjà dénoncés comme « des ennemis de Dieu, des renverseurs d’autels, des suppôts de l’Anlechrist. » Un évêque, celui de Soissons, fait chanter seulement : Domine, salvum, fac populum. Il proscrit le mot de République. Mais ces accès de franchise intransigeante sont rares. L’évêque de Rennes, en autorisant ses curés et ses fidèles à retarder, s’il le faut, de huit ou quinze jours le devoir pascal et les quêtes, leur recommande par une lettre pastorale une liste de candidats où, parmi des monarchistes avérés, figure Lamartine.


Le Christ aux Tuileries.
Mes amis, c’est notre maître à tous.
(D’après un document du Musée Carnavalet.)


Dans les villes l’Église a pour elle les grands commerçants, les gros industriels, une bonne partie de la bourgeoisie, et elle va jusqu’à patronner des candidats ouvriers. Corbon, Peupin, qui furent élus à Paris, lui durent leur nomination. Mais dans les campagnes sa propagande est nettement conservatrice. Elle y rencontre, d’ailleurs, un terrain propice. L’impôt de quarante-cinq centimes — imaginé par Garnier-Pagès — pèse sur la propriété foncière, frappe les paysans. Les communes sont indisposées par le décret qui laisse à leur charge l’équipement des gardes nationales. Les nouvelles qui viennent de Paris, savamment grossies, faussées, développent un mal nouveau., la haine et la peur de la capitale. Comme on croit la propiété menacée par les disciples du « Père Communisme », on vote de préférence pour les gros pro- priétaires qui ont les plus forts enjeux à défendre. Puis, comme en maint endroit