Page:Jaurès - Histoire socialiste, VI.djvu/238

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ministre de l’Intérieur que les travaux entrepris par les 3 000 ouvriers embauchés en nivôse n’étaient pas terminés, et qu’ils étaient trop importants pour rester inachevés[1]. »

À côté de cette raison, le rapport en donne une autre :

«…Dans les ateliers où l’on pourra supprimer tout, ou au moins une grande partie des ouvriers, on sera obligé de faire un fonds nécessaire pour acquitter tout ou ce qui sera dû, jusqu’au jour où ils seront renvoyés parce qu’ils travaillent sous la direction d’agents qui, n’étant point entrepreneurs, n’ont aucun bénéfice sur les travaux et ne sont, par conséquent, point tenus à faire aucune avance. »

Lucien Bonaparte obtint un arrêté du premier consul prorogeant jusqu’au 30 germinal les dispositions de l’arrêté de nivôse. En floréal[2], nouveau rapport du ministre de l’Intérieur : « J’ai pensé, y lit-on, qu’il y aurait de l’inconvénient de congédier, à la fois et dans le même instant 3 000 ouvriers dont la plupart ne peuvent être employés qu’aux travaux du bâtiment. Les travaux de la campagne ne fournissent pas dans ce moment-ci d’occupation pour ceux de ces ouvriers qui pourraient y être employés, et ils ne seront ouverts que dans le courant du mois de prairial. D’un autre côté, il est important de continuer une grande partie des travaux commencés, parce qu’ils sont d’une nécessité reconnue… » Le secrétaire d’État Maret répondit au ministre par une note ainsi conçue : « Les consuls me chargent, citoyen ministre, de vous faire passer le rapport que vous leur avez présenté sur la nécessité de continuer en floréal les travaux publics autorisés par l’arrêté du 18 nivôse. Ils reconnaissent que la situation des ouvriers de Paris exige encore des secours, mais ils pensent qu’il est convenable d’en diminuer progressivement la quotité, afin d’arriver au moment où l’on pourra renoncer à une mesure qui, dans une saison favorable au travail, ne ferait qu’entretenir la paresse. Les consuls désirent, en conséquence, citoyen ministre, que vous leur proposiez un nouvel arrêté dans lequel la somme des secours pour floréal sera diminuée d’un quart. » Il fut ainsi fait, et le 8 floréal fut pris l’arrêté suivant :

Article 1er. — Les travaux publics que le ministre de l’Intérieur a fait commencer, en vertu de l’arrêté du 18 nivôse dernier, seront continués pendant le mois de floréal an VIII, mais il n’y sera employé que le nombre de 2 250 ouvriers au lieu de 3 000 fixés par ledit arrêté.

Article 2. — Le fonds de 72 000 francs que le même arrêté a destiné par chaque décade pour ces travaux, sera réduit dans la même proportion et demeure fixé, par chaque décade de floréal, à la somme de 54 000 francs qui sera payée savoir : 10 000 francs par le ministre de la Police, 25000 fr.

  1. Nous ne savons pas exactement où furent employés les ouvriers de ces « ateliers nationaux », mais ils eurent sans doute à travailler en partie au palais du Luxembourg.
  2. Archives nationales, AFiv pl. 56, n° 15, 8 floréal an VIII.