Page:Jaurès - Histoire socialiste, VI.djvu/237

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que, dit Chaptal, il ne faut négliger aucun moyen de laisser intact le patrimoine du pauvre. » Et il terminait ainsi : « J’aime à penser qu’il n’y aura aucun citoyen qui puisse se plaindre d’un sacrifice aussi insensible, dont le but est si conforme à la justice et à l’humanité. » Laplace n’eut pas à exécuter son projet car, en nivôse, nous retrouvons un rapport de Lucien Bonaparte, devenu ministre de l’Intérieur, sur le même sujet ; mais cette fois un arrêté des consuls, tout entier écrit de la main du général Bonaparte, porte[1] :


« Les consuls arrêtent ce qui suit :

Article 1er. — Le ministre de l’Intérieur emploiera, pendant les mois de pluviôse et de ventôse, 3 000 ouvriers à des travaux publics.

Article 2. — Une somme de 72 000 fr., nécessaire par chaque décade pour cet objet, sera payée de la manière suivante : 1° 10 000 francs par le préfet de police ; 2° 25 000 francs par l’accessoire de l’octroi municipal de la commune de Paris ; 3° 37 000 francs par le ministre des Finances sur ses distributions décadaires.

Article 3. — Les ministres de l’Intérieur, de la Police générale et des Finances sont chargés de l’exécution du présent arrêté [qui sera imprimé[2]].

Signé : Bonaparte. »


En conséquence de cet arrêté, du travail fut immédiatement donné aux ouvriers, mais il faut croire que les bureaux, l’administration procédèrent à une répartition fâcheuse des fonds et que des murmures précurseurs d’agitation s’élevèrent, murmures qu’il importait de calmer au plus tôt, car on lit au registre de la correspondance du secrétaire d’État, à la date du 27 pluviôse an VIII[3] :


« Au ministre de l’Intérieur.

Les consuls sont informés, citoyen ministre, qu’il circule dans Paris des plaintes sur l’inégalité de la distribution des travaux auxquels des fonds ont été affectés pour les ouvriers de Paris qui se trouvent sans travail. On répand même que l’emploi de ces fonds n’est pas fait avec fidélité. Les consuls désirent que vous preniez des renseignements à ce sujet. Ils vous invitent aussi à porter votre surveillance à cet égard sur les employés du département et même sur ceux qui sont attachés a la division des secours publics de votre ministère, et à leur faire connaître les notions que vous avez recueillies. »

Les travaux qui, primitivement, ne devaient durer que pendant pluviôse et ventôse an VIII furent prolongés à deux reprises différentes. Le 23 ventôse an VIII[4], en effet, un rapport du bureau des bâtiments civils exposa au

  1. Archives nationales, AFiv, pl. 19, 18 nivôse an VIII, n° 8.
  2. Rayé sur l’original.
  3. Archives nationales, AFiv 124.
  4. Archives nationales, AFiv pl. 38, n° 9.