Page:Jaurès - Histoire socialiste, VII.djvu/68

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« Je n’ai ni reçu, ni surpris des secrets, j’ai vu et je vais rapporter des faits, si vous avez la complaisance de leur accorder une place dans votre journal.

« Avant de raconter, que je vous dise ce qui m’autorise à m’ériger en narrateur :

« Capitaine dans un 5e bataillon du 102e régiment de ligne détruit dans le cours des deux campagnes, j’entrai, par suppression de cadre, en novembre 1813, dans le 123e régiment en garnison à Wesel.

« Le 27 avril 1814, et sur mon refus formel de signer une adhésion à l’avènement des Bourbons, je dus donner ma démission pour me soustraire aux velléités un peu despotiques de M. le général Burke, sacrifiant ainsi mes services et quatorze campagnes.

« En avril 1815, voyant la France menacée d’une nouvelle invasion, j’offris mes services pour la combattre. Ils furent acceptés et, le 2 mai, je reçus l’ordre de rejoindre, avec mon grade, le 90e régiment de ligne, ancien 111e. Ce régiment avait son rang de bataille à la gauche de la division Gérard, qui formait elle-même la gauche de l’armée commandée par le maréchal Grouchy, et se trouvait, le 18 juin 1815, aux environs de Wavre.

« Mes titres et ma qualité bien établis, voici mon récit :

« Le 18 juin, dans la matinée, un officier d’ordonnance venant du quartier général de l’empereur, demanda à la gauche de notre régiment où il pourrait trouver le maréchal Grouchy auquel il portait des ordres ; nous lui fournîmes des indications et il partit.

« Dans la journée, et au moment où la canonnade faisait trembler la terre sous nos pas, un second officier d’ordonnance venant du même point et accompagné de quelques lanciers, s’adressa à moi et me dit :

« Je viens porter l’ordre au maréchal de marcher vers sa gauche, transmettez cet ordre à votre colonel pour qu’il commence ce mouvement qui sera suivi et exécuté sans retard par les autres corps, en attendant que je puisse parler au maréchal. »

« Je me rendis immédiatement auprès du colonel Sauzet et je lui transmis l’ordre tel que je venais de le recevoir.

« Le colonel Sauzet quitta l’ordre de bataille et prit celui de colonne pour marcher vers sa gauche. Mais, soit que les autres corps ne suivissent pas le mouvement, soit qu’il reçût un contre-ordre, ce que j’ignore entièrement, le mouvement s’arrêta là.

« Nous restâmes dans cette situation et dans une immobilité absolue jusqu’à trois, quatre ou cinq heures du soir. Alors on parut se décider à marcher, mais en hésitant, en tâtonnant, vers la canonnade qui avait considérablement diminué.

« Après une heure ou environ de marche, on s’arrêta et, une demi-heure après, nous rebroussâmes pour reprendre à peu près les positions que nous