Page:Jaurès - Histoire socialiste, X.djvu/194

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Dans les mines de houille, la progression du salaire moyen est la suivante :

1844   2,09       1857   2,48
1850   2,14 1858   2,55
1851   2,07 1860   2,50
1852   2,04 1861   2,57
1853   2,20 1862   2,52
1854   2,32 1863   2,69
1855   2,35 1867   2,89
1856   2,51 1870   3,04


Dans l’industrie de la laine à Mulhouse, la comparaison des salaires de 1847 et de 1867 atteste également de très notables augmentations, variant de 26 à 105 0/0. Au Creusot, de 1851 à 1866, la moyenne générale des salaires s’élève de 2 fr. 56 à 3 fr. 45, soit de 35 0/0. D’une manière générale, ce sont des augmentations oscillant entre 10 et 40 0/0 qu’on constate dans la plupart des professions.

Mais ce qu’il importe surtout de marquer, ce sont les années où cet accroissement se produisit. Il ressort, en effet, des documents que c’est dans la première décade, de 1850 à 1860, et plus particulièrement de 1853 à 1857 que l’augmentation des salaires fut le plus rapide. On en a la preuve manifeste dans le tableau que nous avons reproduit des salaires du bâtiment. Et l’on peut invoquer aussi le témoignage de la grande enquête, entreprise en 1856 parle gouvernement inquiet, sur les salaires et les prix des denrées [Statistique générale de la France, Tome XII). Tandis, en effet, que vers 1853, s’il faut en croire Audiganne, les patrons songèrent à réduire les salaires, en raison du bas prix nouveau de tous les objets manufacturés, ils furent contraints dans les années suivantes de les augmenter considérablement, en raison même de la cherté des vivres. En prenant la moyenne des 59 corps d’État sur lesquels portèrent les enquêtes des maires en 1853 et en 1857, on arrive à la proportion suivante :

    1853   1857
    ——   ——
Salaire journalier d’un ouvrier nourri   0,96   1,08
»   »    »   »   non nourri   1,89   2,14


Et ce sont les mêmes indications que fournissent les chiffres concernant le bâtiment : c’est en 54-55 qu’eut lieu la hausse la plus rapide.

A ne consulter donc que les chiffres des salaires nominaux, les gouvernants du Second Empire auraient pu se déclarer satisfaits. C’étaient des salaires très supérieurs à ceux du temps de la République ou de la monarchie de juillet que touchaient désormais les ouvriers. Le phénomène, il est vrai, était général, comme était générale alors la prospérité industrielle ; mais les tenants du régime étaient tenus d’ignorer que parallèlement les salaires moyens annuels des houilleurs de Belgique passaient de 665 francs en 1850 à 889 francs en 1865, ou que les salaires des ouvriers du bâtiment en Angleterre