Page:Jaurès - Histoire socialiste, XI.djvu/407

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les coups de l’ennemi ouvraient dans ses rangs, et se régénérer d’elle-même, les dévouements individuels qui s’offraient à cette intention devenant de plus en plus rares. Pour la ménager et la préserver, il eut fallu l’intervention de la loi s’appliquant à la décharger d’une partie de sa tâche périlleuse, en remployant du même coup à des fins plus profitables à la commune défense. Sur le vif, nous saisissons ici la faute capitale de la délégation de la Guerre qui laissa les plus solides éléments combattants se sacrifier sans profit, alors qu’elle aurait pu et dû avec eux encadrer le gros de la garde nationale et entraîner au feu les cent ou cent cinquante mille hommes que Paris ouvrier et républicain demeurait susceptible de mettre en ligne. C’est dans cette direction qu’était la voie du salut. Cluseret ne le comprit pas ou s’il le comprit, il n’y parut pas.


COMMISSIONS ET DÉLÉGATIONS


Cette élite ardente et croyante, mais trop réduite, qui fit la résistance acharnée de la Commune aux avant-postes et aux remparts, nous la retrouvons la même dans les Conseils de la Révolution, aux postes utiles, aux fonctions délicates et vitales, cherchant à obvier à l’anarchie provoquée par Versailles et la désertion de ses gens, s’efforçant de sauver Paris de la famine, de la ruine afin de lui permettre de se tenir debout, et de continuer sa lutte.

Dans cette sphère aussi ce sont des travailleurs surtout, qui paient de leur personne, s’attèlent à la besogne pour des salaires dont un bourgeois rirait, accomplissant à un le travail de dix, donnant leurs jours, donnant leurs nuits et à force de patience, d’application et de labeur, remettant sur pied, assurant la marche de tous les services publics laissés par Versailles en souffrance et en perdition. De leur mieux, ils encadrent le petit personnel qui est resté, prêchent d’exemple, réalisent des prodiges d’intelligence assimilatrice et d’activité inlassable.

Ces sacrifices sont peut-être moins héroïques que ceux du champ de bataille. Ils n’en sont pas moins à retenir et à souligner, car ils marquent que cette capacité administrative, cette faculté de gérer les intérêts de la collectivité et de diriger, gouverner soi-même, que la classe ouvrière ne possédait pas encore dans sa masse, étaient du moins déjà l’apanage de certains des siens, de ceux-là notamment qui s’étaient formés, instruits, armés dans les milieux socialistes, au sein des sociétés de résistance, première ébauche de l’organisation syndicale et plus particulièrement dans les sections de l’Internationale. Paris, et nul n’a tenté d’y contredire, au point de vue administratif, municipal, a fonctionné aussi bien, aussi régulièrement sous la Commune que sous aucun autre régime antérieur ou postérieur et plus économiquement. Et cela pourtant, nous le répétons, par les soins d’hommes entièrement nouveaux, n’ayant la plupart reçu qu’une instruction élémentaire et qui se trouvaient la veille encore à l’atelier, à l’usine, au bureau, derrière le comptoir.