Page:Jaurès - Histoire socialiste, XII.djvu/100

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betta, contre les républicains radicaux qu’il accusa de vouloir troubler l’ordre et bouleverser le pays. Il fut acclamé par les Droites qui, formant la majorité, passèrent dédaigneusement à l’ordre du jour sur les pétitions et votèrent l’affichage dans toutes les communes du discours si inqualifiable de M. Dufaure.

Mais si rien ne pouvait apaiser les fureurs de la réaction, rien n’allait arrêter l’élan républicain qui avait gagné jusqu’aux plus modestes hameaux.


CHAPITRE XVI
L’Assemblée et le pays, — La meilleure des monarchies. — Inconscience des Droites. — Le prisonnier du Vatican. — Le Cléricalisme et la Libre-pensée. — Quelques lois. — La Commission des Trente.


Au fur et à mesure que se déroule, s’active la lutte autour du chef du pouvoir exécutif et contre lui, quand il ne capitule pas devant les Droites, l’aspect moral se modifie profondément. L’Assemblée a conquis le maximum d’impopularité ; elle a entassé le ridicule sur l’odieux ; elle a manifesté toute son impuissance, malgré l’énorme travail accompli dans ses commissions, au cours de ses séances publiques. La France devient républicaine, il n’y a pas à en douter, chaque élection partielle qui se présente est l’occasion d’une manifestation significative ; bien mieux, tout donne cette certitude que le pays rural se joindrait au pays citadin pour s’opposer à une tentative contre la forme de gouvernement qui présente à la fois une garantie et une espérance. M. Thiers ne le comprend pas assez ; le vieux fond monarchiste et conservateur le domine aux moments critiques ; du reste, il l’a déclaré au cours de la discussion de la proposition de Kerdrel qui a abouti a la création de la mémorable Commission des Trente :

« Je n’hésite pas à le dire, déclarait-il, si, devant moi, je voyais la possibilité de faire la monarchie, si on le pouvait. … Si on le peut, il faut me le dire ! Si je croyais que la faire en ce moment fût un devoir, que ce fût une manière de terminer votre anxiété ; si j’étais sûr qu’une monarchie eût de l’avenir, qu’elle pût durer, que l’on fût d’accord, qu’une des trois monarchies possibles rencontrât la soumission des deux autres et la soumission de cette portion considérable du pays qui s’est donnée à la République, savez-vous ce que je ferais ? Je dirais : J’ai pris un engagement ; cela ne regarde que moi, cela ne