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CHAPITRE XVII
Suppression de la Mairie centrale à Lyon. — Le préfet Ducros. — Conflits permanents. — Réponse de Paris. — L’élection Barodet. — Échec à M. Thiers. — Nouvelle victoire républicaine. — Le 24 mai.


Malgré sa grande confiance en sa force, en la popularité dont il jouissait parmi la majorité du pays hier encore plébiscitaire, aujourd’hui ralliée à la République, confiance semée de certaines appréhensions qui auraient pris le dessus s’il ne s’était trop cru indispensable, M. Thiers, éloigné de la tribune pour la défense dans les moments décisifs, devenait désormais le point de mire des manœuvriers du parti conservateur. Ses hésitations, ses capitulations si fréquentes, ses crises démissionnaires ne produisaient plus l’effet escompté ; il fallait constater sous peu, d’autant que le parti républicain avancé, tout en le soutenant contre les plus rudes, les plus dangereux assauts, allait lui infliger une juste et retentissante leçon.

Après l’adoption du projet de la Commission des Trente, né d’une série de négociations et de transactions, qui autorisait le chef du pouvoir exécutif à paraître à la tribune, à donner son avis, mais non à participer à la discussion des projets de lois ou interpellations ; qui affirmait le droit et le pouvoir constituant de l’Assemblée nationale, vint à l’ordre du jour la question brûlante de l’organisation de la municipalité lyonnaise.

Les droites et, disons-le, les centres aussi étaient fort émus, fort irrités de la série de conflits qui ne cessaient de surgir entre la municipalité de Lyon et l’autorité préfectorale représentée par le célèbre ingénieur Ducros « aux ponts trop courts » transformé en agent politique ; un des plus ardents, des plus odieux, des plus ridicules qui se soient rencontrés dans la si singulière administration de cette époque. La population lyonnaise, dans sa majorité, était fermement attachée à la cause républicaine ; elle a, du reste, des traditions inoubliables, illustrées par de terribles et sanglantes luttes, les unes d’un caractère purement politique, les autres d’un caractère purement ouvrier et social.

La municipalité avait à sa tête M. Barodet, qui avait succédé à M. Hénon, et luttait pied à pied contre les mesures prises par le préfet, toutes fort réactionnaires, quelques-unes simplement odieuses, réclamées ou appuyées par la minorité de la population très cléricale. Il serait long de les énumérer, mais il