Page:Jaurès - Histoire socialiste, XII.djvu/113

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« Et je ne veux pas vous déplaire davantage en vous en donnant les motifs. Mais vous le savez bien, et c’est ce qui vous justifie de ne pas venir, au nom de votre foi, nous proposer le rétablissement de la monarchie, car, enfin, ce serait votre droit. Puisqu’on propose telle ou telle République, vous avez le droit de proposer telle ou telle monarchie. Pourquoi ne le faites-vous pas ? Pourquoi, vous qui êtes plus calmes que tels ou tels autres ― je ne veux pas faire de personnalités ― pourquoi leur dites-vous qu’il serait imprudent de venir ici proposer la monarchie ? Pourquoi, par exemple, quand la polémique s’engage entre vous et nous, vous hâtez-vous de dire : « Nous, ce n’est pas comme monarchistes que nous parlons, c’est comme conservateurs ! ». C’est, convenons-en de bonne foi, que vous même sentez que, pratiquement, la monarchie est impossible. Je n’ai pas besoin d’en dire la raison encore une fois, elle est dans votre esprit à tous : il n’y a qu’un trône et on ne peut l’occuper à trois ».

Toutes les questions de protocole constitutionnel réglées, après un nouveau discours prononcé par M. Casimir-Périer, ministre de l’Intérieur, durant la séance de l’après-midi, la bataille engagée reçut sa conclusion par l’adoption, à 16 voix de majorité, d’un ordre du jour présenté par M. Ernoul auquel se rallièrent M. Target et plusieurs de ses amis du centre droit qui passaient pour des amis de M. Thiers et le trahirent avec une désinvolture toute parlementaire. Voici la teneur de ce document :

« L’Assemblée nationale, considérant que la forme du gouvernement n’est pas en discussion ;

« Que l’Assemblée est saisie de lois constitutionnelles présentées en vertu d’une de ses décisions et qu’elle doit examiner ;

« Mais que, dès aujourd’hui, il importe de rassurer le pays en faisant prévaloir dans le gouvernement une politique résolument conservatrice ;

« Regrette que les récentes modifications ministérielles n’aient pas donné aux intérêts conservateurs la satisfaction qu’ils avaient le droit d’attendre ;

« Et passe à l’ordre du jour ».

Le soir, à 9 heures, au début de la troisième séance de cette mémorable journée, le Cabinet annonçait qu’il était démissionnaire et le président Buffet donnait lecture d’un message qui venait de lui être remis. Ce message portait la démission de M. Thiers comme président de la République. Tout étant préparé, concerté d’avance ; quelques instants après l’Assemblée procédait au scrutin pour l’élection du nouveau chef du pouvoir exécutif et le maréchal de Mac-Mahon était élu par 390 voix. Il y avait eu 391 volants seulement sur 731 députés présents ! A minuit et demi tout était terminé. Le duc de Magenta avait accepté de succéder à celui qui lui avait « remis une épée en main ».

Toute la France avait attendu avec une impatience, une anxiété fort intenses l’issue de cette journée ; la victoire des réactions la stupéfia, l’irrita ; elle froissait tous les sentiments du pays évoluant de plus en plus vers la